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Islam

Zakat France, pour redonner du sens à la zakat

La fin du Ramadan approche. Les musulmans de France terminent ces derniers jours en préparant la fête de l’Aid el-Fitr. Tous auront en tête de verser la zakat el-Fitr, l’aumône purificatrice  du jeûne, avant la prière de l’Aïd. 

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Mohamed Minta, imam du centre interculturel de Décines (Lyon) et président de Zakat France, répond à nos questions sur le sens de l’aumône en Islam et sur Zakat France, une structure qu’il a créée en 2011 pour collecter et redistribuer la zakat.

LeMuslimPost : Qu’est-ce que la zakat el-Fitr et pourquoi faut-il la verser ?

Mohamed Minta : La zakat el-Fitr est l’aumône que chaque musulman doit verser avant la prière de l’aïd, pour la rupture du jeûne. Elle a deux raisons d’être : la première consiste, à l’image de ce qu’a dit le Prophète de l’Islam, à « purifier le jeûner des futilités et des frivolités commises pendant le jeûne ». La seconde permet de venir en aide et de nourrir les nécessiteux.

Cette zakat doit être versée par le responsable de famille pour chaque personne vivant sous son toit, homme ou femme,  enfant ou personne âgée. C’est une prescription prophétique tellement recommandée qu’elle est considérée par beaucoup de savants comme une quasi-obligation.

Cette année, la zakat el-Fitr est fixée à 7 euros par personne. Si, auparavant, au temps du Prophète et des pieux anciens, elle était versée en nature, la majeure partie des savants préconisent de la verser en numéraire pour faciliter son acheminement et son utilisation.

Quelle est la différence entre zakat al-mal et zakat el-Fitr ?

Ce sont deux aumônes différentes. Zakat el-Fitr ne concerne que le jeûne et doit être impérativement versée durant le mois de Ramadan. Elle concerne tout musulman.

En revanche, la zakat al-mal est un pilier de l’Islam. C’est une obligation sur les biens capitalisés depuis plus d’une année lorsque ceux-ci atteignent un certain seuil imposable (2,5 %). La zakat al-mal, l’impôt social purificateur, vise à purifier à la fois les biens et le donateur. Et c’est le droit des pauvres sur les biens des gens vivant dans l’aisance. Cette obligation a été prescrite pour aider les démunis et tenter d’éradiquer la pauvreté.

« Nous avons pour ambition d’aider à éradiquer et réduire la pauvreté au sein de la communauté musulmane française »

Faut-il privilégier des personnes sur d’autres dans les dons que nous faisons ?

Pour les deux zakat dont nous avons parlé, il est préférable de les verser à l’endroit où le donateur réside, afin qu’il soit force de changement et de réforme autour de lui, car l’Islam préconise d’aider prioritairement les plus proches. Néanmoins, dans certains cas d’urgence humanitaire ou de causes spécifiques, il est permis de verser la zakat à l’étranger.

Quel est le rôle et l’ambition de Zakat France ?

Depuis plus de cinq ans maintenant, nous avons pour ambition d’aider à éradiquer et réduire la pauvreté au sein de la communauté musulmane française. Nous voulons également faire en sorte que ce pilier de l’Islam aide certains musulmans à réaliser leurs projets. Par exemple, nous pouvons aider un jeune diplômé à qui il manque des moyens pour aller au bout de ses études, ou alors accompagner une personne qui a un projet professionnel pour qu’il puisse à son tour verser la zakat.

Le but de notre projet est d’aider concrètement les gens à devenir autonomes, à faire en sorte qu’ils en finissent avec leurs difficultés afin qu’ils deviennent à leur tour des contributeurs. Donc, nous tentons autant que possible de ne pas tomber dans l’assistanat mais d’aider à sortir des difficultés dans lesquels ils se trouvent pour qu’ils retrouvent leur pleine indépendance.

Quels sont les derniers projets que vous avez aidés ?

Récemment, nous avons surtout eu affaire à des gens qui sont en situation de surendettement, ou qui sont sur le point de perdre leur logement.

Concrètement comment ça se passe quand une personne vient vous voir ?

On analyse d’abord sa situation, et on essaie de comprendre pourquoi la personne est en difficulté pour adapter notre réponse en fonction de ses besoins. Nous montons ensuite un dossier qui passe par une commission qui statue sur la situation afin de voir comment et à quel montant aider la personne. Nous avons énormément de demandes, notamment des mères isolées qui peinent à boucler leurs fins de mois. Nous faisons en sorte d’accompagner chaque personne au mieux et de trouver des solutions adaptées à la situation de chacun.

« L’objectif de la zakat est de ne pas tomber dans l’assistanat, mais d’aider sortir de leur situation »

Combien de dossiers traitez-vous actuellement ?

Nous en avons une centaine dans toute la France, voire même ailleurs. Par exemple, nous aidons actuellement un étudiant français qui étudie en Roumanie.

En quoi est-il important d’avoir un organisme de collecte tel que le vôtre ?

C’est très important, car l’objectif de la zakat est de ne pas tomber dans l’assistanat, mais d’aider sortir de leur situation, comme nous l’avons dit. Le fait que les musulmans de France sortent leur zakat chacun de leur côté n’aide pas à transformer les choses. Ce ne sont que des rustines posées ici et là. Et verser la zakat de cette façon n’aide pas à changer la situation d’une personne. Par contre, si on collecte ensemble, nous serons en mesure d’amasser des sommes  qui permettront d’influer sur le devenir des gens que nous aidons. En ce sens, ce genre d’initiatives est fondamental car c’est là le réel objectif de la zakat : rendre les gens autonomes.

A l’heure où l’islam de France s’organise, n’est-ce pas à l’organisation représentative de gérer la gestion de la zakat ? Avez-vous pour ambition de monopoliser la gestion de la zakat de France ?

Si cet organisme jouait pleinement son rôle, ça aurait été en effet préférable, mais ce n’est pas encore à jour. Nous ne sommes venus que combler un manque qui pour nous est essentiel. Notre ambition est de faire en sorte que Zakat France soit connu et reconnu, pas uniquement pour collecter et redistribuer la zakat. Nous avons également l’ambition essentielle de redonner du sens à la notion de zakat, de lui faire jouer son rôle pleinement, et de venir en aide concrètement et sur le long terme. C’est là l’objectif de la zakat. On ne peut donner la zakat comme si on s’en débarrassait. Non, nous sommes également responsables de la façon dont nous la donnons, à qui nous la donnons, et d’essayer de faire en sorte que cela transforme des vies.

Zakat France n’a ni la volonté ni la prétention de gérer la zakat de la communauté musulmane française. Nous aimerions plutôt que notre projet, avec toute sa vision et sa dimension éthique, soit reprise régionalement, de sorte que se créent différents organismes locaux, qui connaîtraient les situations de chacun, qui pourraient agir concrètement. À terme, nous aimerions que notre idée soit reprise partout pour que la zakat joue pleinement son rôle, là où elle sera versée. Nous invitons donc toutes les compétences et les volontés existantes à mettre en place ce genre de projets.

Quel message voudriez-vous envoyer aux musulmans de France sur l’importance de la zakat ?

Dieu nous a donné un moyen qui peut aider la communauté à réaliser les projets, à surmonter des difficultés, mais malheureusement, cet outil n’est pas exploité. Les prescriptions divines sont là pour nous aider, pas pour nous accabler. Quand on prendra conscience de l’importance de cette prescription, cela fera beaucoup de bien à fois au niveau communautaire et au niveau individuel.

Comment vous aider concrètement ?

Zakat France a besoin de bénévoles qui peuvent donner du temps et mettre à profit leurs compétences dans la gestion, la communication, l’organisation, etc. Nous avons évidemment également besoin de dons. Nous utilisons concrètement un huitième de ce qu’on collecte pour le fonctionnement, conformément à ce que l’islam permet*. mais  ça ne suffit pas pour couvrir nos besoins. Nous avons à l’heure actuelle a un salarié, mais il en faudrait davantage. Il faudrait financer la communication, l’évènementiel ou l’organisation.

Nous avons actuellement une douzaine de bénévoles qui travaillent d’arrache-pied à rendre viable ce projet et pouvoir aider les gens qui en ont besoin au mieux. Qu’ils en soient récompensés de la meilleure manière.

Pour tout renseignement : zakatfrance.fr. Contact par téléphone, +33(0)6 41 30 54 63, ou par email, contact@zakat-france.fr.

* Il existe huit catégories de personnes pouvant bénéficier de la zakat. Parmi elles, figurent les personnes se mettant au service de la collecte et de la distribution de la zakat. La majeure partie des savants ont dont statué sur le fait qu’une organisation ou association peut bénéficier d’un huitième de de la zakat pour payer ses salariés et assurer son fonctionnement.

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