Xavier Bertrand veut s’imposer comme le candidat de la droite pour la prochaine élection présidentielle du 10 avril 2022. L’ex-LR a montré qu’il proposerait un programme bien ancré à droite.

Depuis son départ du parti Les Républicains (LR) en 2017, Xavier Bertrand s’était montré modéré. Mais le président du Conseil régional des Hauts-de-France a, depuis, décidé de se porter candidat à la présidentielle de 2022. Et il ira quoi qu’il arrive, sans se soumettre à une quelconque primaire de la droite, a-t-il prévenu. Pour mettre toutes les chances de son côté, il a d’ores et déjà de se positionner à droite toute. Interrogé sur la crise en Afghanistan, Bertrand a préconisé sur Europe 1 « un examen par Ofpra mais aussi par la DGSI » pour les éventuels réfugiés afghans.

L’islam sera également l’un de ses chevaux de bataille en 2022. « Si une mosquée diffuse des idées salafistes, elle est fermée immédiatement. Si vous-même, notamment sur le net, vous diffusez ces idées, vous serez condamnés. Et si vous êtes un étranger, vous serez expulsés, quelle que soit la régularité de votre titre de séjour », a-t-il indiqué, mélangeant, comme de nombreux autres hommes politiques, un peu tout.

Xavier Bertrand semble s’être positionné : il veut prendre des voix à Marine Le Pen et compte séduire l’électorat d’Eric Zemmour, si ce dernier ne se présente pas en 2022. S’imposant comme juge suprême des consciences, il surenchérit. « Toutes celles et ceux qui décident de penser que la loi religieuse est supérieure à la loi de la République ne pourront plus exercer ni pratiquer ». Une sorte de continuité de la politique de Gérald Darmanin, actuel ministre de l’Intérieur.

Sans programme, l’islam au cœur du débat

Certes, ce n’est ni le premier discours démagogue ni le dernier qui sera prononcé par des candidats à la succession d’Emmanuel Macron, jugé trop tendre et « naïf » par Xavier Bertrand. Toutefois, les enchères sur le monopole de l’islamophobie, de la xénophobie et/ou du racisme sont devenues un vrai enjeu électoral en France. Faute des médias ou des politiciens, les concepts sont brouillés.

La campagne pour l’élection présidentielle a débuté. Entre candidats déclarés et les autres pressentis, chacun établit son assise électorale. Mais lorsqu’il s’agit du programme de société, peu de concret transparait du discours des candidats. Néanmoins, la rhétorique islamophobe, elle, est toujours présente.

Dans le cas de Xavier Bertrand, troisième ou quatrième des intentions de vote selon les sondages, les propos sont vagues dans la pratique, mais bien appuyés dans l’hostilité. Tout laisse à croire qu’après avoir annoncé le boycott de la primaire de la droite, Xavier Bertrand fera cavalier seul, même au sein d’une coalition de droite. Il compte, quoi qu’il en soit, réaménager la loi pour « interdire le salafisme », peu importe ce que cela signifie vraiment.

Dans la pratique, une autre loi similaire à la loi dite « contre le séparatisme » du 23 juillet 2021 pourrait, comme cette dernière, se heurter aux traités universels, européens, bilatéraux ou à la Constitution française.

Quid du passé de Xavier Bertrand ? L’homme s’est entouré, lors de l’exercice de ses fonctions de ministre du Travail, de Valérie Létard et de Nadine Morano. Quel bilan du trio entre 2007 et 2009 ? Et lorsque Xavier Bertrand occupait le portefeuille de la Santé – le Canard enchaîné l’a révélé –, ses conseillers percevaient des pots-de-vin des laboratoires Servier. Cela expliquerait probablement pourquoi le personnage avait maintenu le remboursement du Mediator, fabriqué par Servier, par la sécurité sociale.

Xavier Bertrand avait aussi augmenté ses fonds d’indemnités lorsqu’il était conseiller municipal de Saint-Quentin. Ami personnel de Gérald Darmanin, ancien proche collaborateur de Nicolas Sarkozy et filloniste de longue date, quelle légitimité pourrait avoir Bertrand ? Faute de propositions concrètes, il se rabat sur le discours haineux. Une aubaine, dans le climat actuel.