Le Cheikh Bentounès signe une « profession de foi contre le wahhabisme », et s'interroge sur les relations entre la France et les Saoudiens.

Dans une « profession de foi », le Cheikh Bentounès explique de façon claire et intelligible pourquoi il faut combattre l’idéologie saoudienne, à l’origine selon lui du terrorisme.

De « sérieuses inquiétudes sur la liberté d’expression et le respect des droits civils et politiques de base. » Voilà ce qu’inspire l’Arabie saoudite à l’Union européenne. Et encore, c’est presque un euphémisme tant l’Arabie saoudite montre au monde entier qu’elle est loin d’être une démocratie et une bonne fréquentation – même si Manuel Valls veut à tout prix faire du royaume un allié majeur –. Et pour cause : l’Arabie saoudite a exécuté 154 personnes en 2015, 48 depuis le 1er janvier 2016. Un bilan digne de l’Etat islamique, qu’elle dit pourtant combattre, mais dont l’idéologie n’a rien à envier au royaume wahhabite.

« Un hold-up sur la religion »

Si les liens entre la France et l’Arabie saoudite ne semblent pas gêner la classe politique, le fondateur des Scouts musulmans de France, le Cheikh Bentounès, leader spirituel de la confrérie soufie Alawiyya, est, lui, « pantois devant la déférence française envers le pouvoir saoudien », indique le journal Le Temps, qui publie la profession de foi du leader spirituel contre le wahhabisme. « Très peu de gens ont le courage de dire ce qui se passe », déplore Khaled Bentounès. Le Cheikh dénonce le wahhabisme des Saoud, qui ont, depuis 1926, « opéré un hold-up sur la religion pour en faire un outil de pouvoir. »

Le Cheikh Bentounès

Que reproche Khaled Bentounès aux Saoudiens ? « Leur religion s’inspire de l’idéal rigoriste des ancêtres pieux, les Salafs, et érige le mythe d’un âge d’or de la lutte contre l’envahisseur. C’est le piège dans lequel vont s’engouffrer nombre d’intellectuels comme les Frères musulmans en Egypte », affirme-t-il. Le Cheikh reproche également aux Saoudiens – et aux chefs de Daech – de jeter « l’anathème sur toutes les autres écoles de pensées. » « Ils ont figé l’Islam et tué tout esprit critique », assène-t-il. Et le Cheikh d’ajouter que, depuis les années 1980, l’Arabie saoudite a formé 45 000 imams. « Derrière tout cela, il y a un pays qui veut prendre le leadership et imposer sa pensée », accuse-t-il.

L’Arabie saoudite doit agir

Un véritable plaidoyer contre les méthodes utilisées par l’Arabie saoudite. Khaled Bentounès estime que la France ne prend pas la mesure de ses relations avec les Saoudiens. Alors qu’outre-Rhin, cela semble moins être un non-dit. Le vice-chancelier Sigmar Gabriel a récemment annoncé vouloir « empêcher l’Arabie saoudite de financer les mosquées en Allemagne », jugeant que le wahhabisme a fourni une « idéologie complète à l’Etat islamique et contribue à la radicalisation des musulmans modérés. » Pendant ce temps, Paris continue à vendre son armement aux Saoudiens, sans penser qu’il existe un lien quelconque entre les idéologies wahhabites et de Daech.

Le Cheikh Bentounès concède cependant que l’Arabie saoudite a été dépassée par sa propre idéologie, se retrouvant aujourd’hui la cible de l’Etat islamique. « Si le pouvoir veut véritablement changer les choses, il doit agir dans le domaine de la formation et de l’information », assure le Cheikh, qui dénonce le fait qu’« il n’en est rien. » Il demande que le royaume lance « la chasse à ceux qui financent depuis son sol les groupes islamistes. » Clairement. Pour éviter que ne ce propage le wahhabisme, ce « cancer de l’Islam. »

Mehdi Chaouali

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