Depuis l’annonce de sa création, la « charte des imams » fait polémique et provoque des remous. Mohamed Bajrafil vient d’annoncer son départ du Conseil théologique musulman.

Coup de tonnerre au sein du Conseil théologique musulman. Alors que le Conseil français du culte musulman (CFCM) s’apprête à créer un Conseil national des imams (CNI), l’ex-imam de la mosquée d’Ivry-sur-Seine, Mohamed Bajrafil, a annoncé son départ précipité du CTM. L’ancien imam considère que la création du CNI est un danger. Il y voit du « mépris » à l’égard des imams qui évoluent en-dehors des fédérations membres du CFCM.

En novembre dernier, Mohamed Bajrafil avait mis fin à deux décennies de prêches après l’annonce de la naissance du CNI, voulue par le président de la République. « Qui est-ce qui va me labelliser ? Des guignols ? C’est non ! », avait-il répondu, déplorant que ce conseil des imams soit géré par des « représentants de l’islam consulaire ». Bajrafil vise principalement l’Algérie, le Maroc et la Turquie qui, selon lui, ont mis la main sur cet « islam de France ».

Une façon pour l’ex-imam de dénoncer également la volonté de l’exécutif de mettre en place une « charte des imams », également voulue par des responsables du CFCM. Plusieurs fédérations appartenant pourtant au CFCM avaient refusé de signer le document. Quant aux autres imams, n’en parlons pas : plusieurs personnalités ont signé une tribune pour s’opposer à la charte, rappelant que le CFCM est « une entité que seuls 7,21 % des musulmans de France reconnaissent comme légitime pour les représenter ».

Oui mais voilà, la « charte des imams » semblait revêtir un caractère obligatoire au moment de son annonce. L’Etat voulait alors imposer au CFCM des conditions de contrôle politique et idéologique. Et les fédérations et mosquées refusant de signer le document s’étaient vus pointés du doigt par Darmanin. Le ministre de l’Intérieur avait prévenu, telle une menace, qu’il suivrait de près les prêches dans les mosquées réfractaires.

La mobilisation contre la loi « séparatisme » et contre la « charte des imams » montre en tout cas que les musulmans présents sur le terrain ont pris conscience de la dangerosité de « l’islam de palais ». Les mosquées protestent en ce début d’année contre les choix du gouvernement, qui répond par la menace. Alors que le projet de loi doit être voté cette semaine, la mobilisation prend de l’ampleur. Et le départ de Mohamed Bajrafil du Conseil théologique musulman montre que même les imams mis en avant par l’exécutif ne se reconnaissent plus aujourd’hui dans la politique française en matière d’islam.