Le magazine Valeurs Actuelles — avant le FillonGate — avait encore fait parler de lui fin janvier en publiant une titraille aguicheuse sur la place de la Sharia’ au sein de notre société, en France. En couverture, une femme voilée, de la tête aux pieds avec ses seuls yeux visibles pour rappeler tous les débats houleux qui avaient traversé la France en 2010 lors du vote de la loi relative à la dissimulation du visage dans l’espace public. Il ne faut pas oublier que cette titraille vise à instaurer le doute au sein de pensée commune française, visant à essentialiser la musulmane, représentée comme un symbole de celle qui est opprimée et qu’il faut à tout prix libérer et par ce titre, en gros et en gras souhaitant instaurer une panique, celle de laisser penser qu’en France la Sharia est appliquée aux coins de nos rues.

« Plutôt que de jeter de l’huile sur le feu, le temps est à l’apaisement »


D’ailleurs, jamais ces magazines n’ont pris la peine de définir ce qu’il faut entendre par Sharia’. Ils se contentent évidemment du lieu commun du raisonnement intellectuel visant à définir des concepts en fonction des peurs des Français et remuer des questions identitaires qui, il y a quelques années, n’animaient pas les débats français. Les Français étaient bien plus focalisés sur leur pain quotidien. La Sharia’, pour lui apporter une définition fonctionnelle, vise à mettre en place l’ensemble des enseignements laissés par le Coran et les Hadiths du Prophète de l’islam. Evidemment, les versets mis en avant sont les plus contextuels et toujours ceux qui concernent l’aspect punitif de cette dernière.

Aujourd’hui, quel est le critère de référence en France qui permet de déterminer que la Sharia s’y applique ? S’il s’agit de la liberté religieuse, en effet, elle est conforme en tout point à la Sharia’ permettant à tout un chacun de pouvoir pratiquer sa foi dans la limite de l’ordre public et des bonnes mœurs, pour ne reprendre que des termes du droit français. Si la vision de Sharia’ dont se fait le magazine Valeurs Actuelles ne passe que par celle qui est appliquée en Arabie Saoudite, bon nombre de musulmans vont esquisser un sourire en soutenant qu’ils ne sont pas accord avec la politique des Saoud. Plutôt que de jeter de l’huile sur le feu, le temps est à l’apaisement.

« Restons unis face à ces attaques infondées »

Ces discours populistes, qui ne se fondent sur aucune réalité concrète du terrain mis à part des cas isolés, ne servent que les intérêts de ceux qui ont décidé de faire une campagne présidentielle sur la base de ces mêmes discours : ciblant les musulmans, l’immigration et les classes populaires de gauche, comme étant les responsables du « laxisme » français à l’égard de la sécurité et de la tranquillité de l’ordre public. Cette titraille et cette photo en une tente de faire passer un autre message : toutes les femmes musulmanes sont ainsi. Il s’agit nécessairement d’une conception essentialisante du féminisme musulman étant donné que les femmes intégralement voilées sont minoritaires voire ultra minoritaires en France.

Et, en tout état de cause, le port de ce vêtement dans l’espace public sera sanctionné par une amende conformément aux dispositions de la loi de 2010. Dans ces circonstances, il n’existe aucune Sharia’ en France. Seule ces unes nous forcent à les voir mais la question à se poser et combien d’entre nous ont le sentiment que ce que Valeurs Actuelles décrit est réel ? Il faut, en conséquence, faire attention aux vérités sociales que l’on tente de diffuser au sein de notre société. Restons unis face à ces attaques infondées.

*Asif Arif est avocat au Barreau de Paris, auteur spécialiste de l’Islam et de la laïcité. Son dernier livre : « France, Belgique : la diagonale terroriste », co-écrit avec Sébastien Boussois, préfacé par Marc Trévidic.