Dans une tribune, le vice-président de la Ligue de l'enseignement revient sur la définition de la laïcité, malmenée par les intellectuels.

Dans Le Monde daté du 26 janvier, le vice-président de la Ligue de l’enseignement, Jean-Michel Lecomte, signe une tribune pour parler de laïcité.

Encore une fois. Le débat continue depuis les propos d’Elisabeth Badinter, qui avait affirmé sur France Inter qu’on peut « défendre la laïcité sans avoir peur d’être traité d’islamophobe. » Une phrase qui avait provoqué la colère de l’Observatoire de la laïcité et de Nicolas Cadène, et qui avait amené Manuel Valls à donner un coup de canif à la définition de la laïcité, sous prétexte qu’on ne contredit pas une philosophe comme Elisabeth Badinter. Les détracteurs de l’Observatoire de la laïcité s’étaient alors lâchés les uns après les autres pour dénoncer que l’Observatoire travaillait sur une mauvaise définition de la laïcité.

La laïcité garantit la liberté de conscience

En tête du cortège des anti-Observatoire de la laïcité, on retrouve Caroline Fourest. Cette dernière estime, dans Le Monde, que Nicolas Cadène et son équipe sont « plus inquiets des laïcs que des intégristes. » L’essayiste — appelons-la comme ça — estime, en résumé, que là où certains voient un racisme d’Etat, il faut voir une lutte contre le terrorisme. Elle reproche surtout à l’association Coexister d’être proche des Frères musulmans et de l’Eglise catholique. Caroline Fourest fustige l’appel à l’union lancé par l’association, signée par des membres du CCIF. La féministe fait ainsi partie de « ceux qui dénaturent la laïcité, ce sont précisément ceux qui en font un outil antireligieux, antimusulman, qui prétendent, ce qui est une monumentale erreur sur le principe même de laïcité, que l’espace public est totalement neutre, comme si nous n’avions plus le droit d’avoir des opinions », selon la définition de Jean-Louis Bianco, de l’Observatoire de la laïcité.

Ces essayistes et philosophes, plus habitués aux plateaux de télévision qu’aux réalités du terrain, tentent de prouver qu’il existe deux définitions de la laïcité. Or, selon le vice-président de la Ligue de l’enseignement, « contrairement à ce que laissent supposer tant ceux qui contestent les travaux conduits par l’Observatoire de la laïcité que le premier ministre, il n’y a pas deux laïcités, mais bien une seule, tout entière résumée dans les deux premiers articles de la loi du 9 décembre 1905. » Une laïcité résumée ainsi : « Elle repose sur la neutralité confessionnelle de l’Etat et sur la garantie de la liberté de conscience associée à la liberté pour chacun de pratiquer le culte de son choix, voire de n’en pratiquer aucun ou d’en changer, sous les seules réserves de l’ordre public démocratiquement défini. »

Les musulmans ne réclament rien de plus que les autres croyants

Jean-Michel Lecomte résume, en écrivant que « l’islam et les musulmans ne réclament ni plus d’honneur, ni ne méritent plus d’indignité que les autres croyances ou les fidèles d’autres religions », ce que ressentent les musulmans de France : un traitement spécifique juste parce qu’ils ont le malheur d’appartenir à une religion — rappelons que 44 % des Français voient, chez les musulmans, « une menace pour l’identité de notre pays » —, là où ils aimeraient obtenir le droit à l’indifférence. Ce que prévoit la loi de 1905, épaulée par la Constitution et par la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Jean-Michel Lecomte estime que l’Observatoire de la laïcité doit pouvoir travailler librement à sa tâche, une « tâche d’éducation, d’élucidation et de compréhension. » Car, dit-il, « en ces temps de crispation un tel travail mérite d’être poursuivi, hors des polémiques inutiles et des procès d’intention. » Une tribune qui montre que politiques et philosophes donneurs de leçons font mauvaise route.

Yassine Bannani

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