Un banal fait divers qui aurait mis le feu aux poudres le 30 mai de cette année-là. Un jeune cireur de chaussures noir est accusé – on ne saura jamais si c’est à tort ou à raison – d’avoir agressé une jeune femme blanche dans un ascenseur.

Attisée par la presse et la rumeur, la colère enfle dans la communauté blanche. Très vite, des centaines de manifestants blancs se massent devant le tribunal de Tulsa, où est retenu le suspect, pour réclamer justice.

Craignant un « lynchage », encore monnaie courante à l’époque dans la région, plusieurs dizaines d’hommes noirs, pour beaucoup armés et anciens combattants de la Première Guerre mondiale, tentent de s’interposer.

Un coup de feu part lors d’une altercation, donnant le signal des hostilités entre les deux camps.

« Une confrontation entre Noirs et Blancs était inévitable à cause du racisme et de la présence de membres du Ku Klux Klan au sein des autorités municipales, de la police et des pompiers », estime Michelle Brown, responsable du centre culturel du quartier de Greenwood, où une exposition commémore le drame.

Selon le rapport officiel d’une commission d’enquête organisée en 2001, les autorités locales ont elles-mêmes armé certains des émeutiers blancs, en les nommant pour l’occasion « adjoints » de la police.

S’ensuit une nuit de brutalités inouïes, avec des échanges de tirs dans les rues de Greenwood, des commerces noirs pillés, puis brûlés, des maisons familiales délibérément criblées de balles.

De nombreux témoignages font même état d’avions manoeuvrés par des pilotes blancs larguant des bombes incendiaires sur ce quartier noir. Surnommé « Black Wall Street », il est l’un des plus prospères de son temps et suscite convoitise et jalousies.

Ces scènes ahurissantes, un temps oubliées, ont été remises en lumière l’an dernier grâce à la série télévisée « Watchmen » de HBO. Plusieurs documentaires sont également en cours de réalisation, dont un produit par la star de la NBA, Lebron James.

Le chaos durera 24 heures, jusqu’à l’arrivée à Tulsa de la Garde nationale… dont l’une des premières mesures fut d’interner dans trois camps les quelque 6.000 rescapés noirs.

Nombre de clichés d’époque témoignent du massacre. Sur l’un de ceux exposés au centre culturel de Greenwood, une main a écrit « nègre carbonisé, émeute de Tulsa, 1er juin 1921 ».

Ces photos « étaient utilisées comme cartes postales et envoyées dans tout le pays, car beaucoup étaient fiers de ce qu’ils avaient accompli », lâche Michelle Brown.

Le nombre précis de morts reste inconnu. De nombreux corps ont été jetés dans la rivière, brûlés ou enterrés dans des fosses anonymes.