L’ambassadeur de la Tunisie à Berlin a fait état de sa consternation dans un entretien à Deutsche Welle. La diplomatie tunisienne a confirmé à l’AFP que ses propos reflétaient sa position, sans plus de précision.

Le quotidien Le Temps a titré sur cette décision « incompréhensible », déplorant un « coup dur pour la diplomatie ».

Siégeant actuellement au Conseil de sécurité de l’ONU, Tunis se prépare à un possible afflux de milliers de civils fuyant les combats en Libye.

Le pays n’a toujours pas de nouveau gouvernement trois mois après les élections, et le ministère des Affaires étrangères est occupé par un intérimaire, Sabri Bachtobji.

Ce dernier a rencontré à huis clos ses homologues venus ces derniers jours discuter du conflit libyen, notamment le Français Jean-Yves Le Drian et l’Italien Luigi Di Maio.

Le président Kais Saied a réaffirmé la neutralité de la Tunisie après une rencontre fin décembre avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan.

Ankara appuie militairement le gouvernement d’union (GNA), basé à Tripoli et reconnu par l’ONU, face aux forces du maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est libyen, qui a lancé début avril une offensive sur la capitale.

A Tunis, plusieurs réunions interministérielles ont porté début janvier sur l’organisation d’un éventuel accueil de civils fuyant le conflit.

Un plan d’urgence coordonné par l’ONU serait déclenché si plus de 300 personnes par jour arrivaient dans le pays. Le gouvernement a décidé que l’hébergement se ferait dans un camp situé dans une zone désertique du sud tunisien, à 75 km de la frontière libyenne.

Ce camp, qui pourrait accueillir jusqu’à 25.000 personnes dans un premier temps, serait installé à Bir Fatnassia, non loin d’installations militaires dans le gouvernorat de Tataouine.

Le lieu nécessite d’importantes installations pour acheminer eau et services de base.

Des familles libyennes se réfugient déjà par leurs propres moyens en Tunisie, mais il n’y a pas d’afflux massif selon l’ONU et des riverains de la frontière.

« La Tunisie a une attitude exemplaire en matière de respect des obligations internationales concernant l’accueil de migrants », a déclaré à l’AFP le coordinateur de l’ONU dans le pays, Diego Zorrilla. « Elle continue avec beaucoup de courage, à garder ses portes ouvertes ».

En 2011, après la chute de Mouammar Kadhafi, la Tunisie avait accueilli des centaines de milliers de personnes fuyant la Libye.

Tunis s’inquiète toutefois des infiltrations de terroristes. Le pays a subi en 2015 plusieurs attentats terroristes préparés en Libye, et reste depuis en état d’urgence même si la situation sécuritaire s’est améliorée.