Pour sa première tournée internationale, plus de trois mois après son investiture, le président Donald Trump s’est rendu en Arabie Saoudite, où se tenait le Sommet islamo-arabo-américain, avant de poursuivre sa tournée au Proche-Orient et en Europe. Reçu avec les honneurs à Riyad, l’instigateur du « Muslim ban » était appelé à prononcer un discours d’ouverture, particulièrement attendu. Des propos qui ont ravi ses hôtes wahhabites. « Il s’agit d’une bataille entre des criminels barbares qui veulent détruire la vie humaine et les gens décents de toutes religions qui cherchent à la protéger », a planté le président américain. « Les leaders religieux doivent bien être au clair avec ceci : la barbarie ne vous offrira pas la gloire, la piété pour le diable ne vous apportera pas la dignité », a-t-il souligné. Trump a aussi profité de ce discours pour lancer un message aux pays de la région, secoués par les « ravages de leurs Etats profonds » et accusés notamment d’avoir financé les djihadistes. « Les nations du Proche-Orient doivent décider le type d’avenir qu’ils désirent pour leur pays et leurs enfants. (…) L’objectif est de constituer une coalition de pays qui partagent le même objectif : éradiquer l’extrémisme et offrir à nos enfants un avenir plein d’espoirs », a-t-il affirmé, expliquant que les pays du Proche-Orient « ne peuvent attendre que le pouvoir américain écrase l’ennemi pour eux ».

« Tous contre l’Iran ! »

Des propos dont la première intention est manifestement de délivrer Donald Trump de l’habit d’islamophobe qu’il a porté depuis la campagne électorale (« L’Islam nous hait »), et dont le fameux « Muslim Ban » a été considéré comme la mesure symbolique de son début de mandat. Le rédacteur du discours, Stephen Miller – celui-là même qui avait élaboré les dispositions du décret anti-migratoire controversé – a bien fait attention à éviter toute mention polémique, évitant l’emploi d’expressions comme le « terrorisme radical islamique » habituelles du locataire de la Maison Blanche. Ce déplacement en Arabie Saoudite, qui a par ailleurs été mis à profit par la signature de méga-contrats de ventes d’armements, a aussi sonné la fin de l’isolationnisme promis par l’ex-candidat républicain. Trump semble désormais disposé à intervenir dans l’imbroglio d’intérêts proche- et moyen-orientaux, en prenant une nouvelle fois position aux côtés du grand allié saoudien dans son bras de fer contre l’autre puissance et rival de la région, l’Iran. Même si le géant perse a reconduit le président Rohani pour un second mandat présidentiel de quatre ans, et affaiblit ainsi la branche ultraconservatrice du régime, Donald Trump n’a démontré aucun signe d’ouverture, estimant que Téhéran est responsable de « l’instabilité dans la région ». « Tant que le régime iranien ne se montre pas disposé à être un partisan de la paix, toutes les nations (…) doivent collaborer pour l’isoler », a-t-il lancé. Des déclarations auxquelles son hôte, le roi Salman, a immédiatement fait écho, qualifiant l’Iran de « fer de lance du terrorisme mondial ». Loin d’oeuvrer comme médiateur, le président américain aura clairement explicité qui étaient ses alliés et ses ennemis au Moyen-Orient.