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Tariq Ramadan : le silence, notre seule responsabilité

Dans l’affaire Tariq Ramadan, observateurs et médias demandent aux Français musulmans de prendre position, là où la retenue devrait pourtant être de mise.

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« Silence dans les rangs musulmans. » Ce lundi, Libération nous dit, en une, que le cas Tariq Ramadan est une épine dans le pied des musulmans et qu’il faudrait, comme l’exhortent, entre autres, les membres du Printemps républicain, dénoncer l’« infâme Ramadan. » Un retour au temps de l’inquisition ?  Rappel des faits : l’islamologue suisse est visé par deux plaintes. Depuis lundi, une enquête est diligentée contre Tariq Ramadan par le parquet de Paris pour « viol, agression sexuelle, violences et menaces de mort. » Face à ces accusations, Tariq Ramadan se dit « serein et déterminé » et affirme avoir entamé « un long et âpre combat. »

« Drôle d’hypocrisie que de constamment demander à ceux qu’on appelle ‘les musulmans’ d’être discrets, puis de les exhorter à s’indigner sur commande »

L’affaire est donc entre les mains de la justice. Mais depuis une dizaine de jours, l’affaire agite les réseaux sociaux — et les médias. Les uns fustigent les motivations de la victime présumée. Les autres jettent l’opprobre sur Tariq Ramadan. La présomption d’innocence ? Piétinée. Mais rien de grave, voilà l’occasion de faire le procès de l’islamologue avant même la justice. Si Twitter et Facebook étaient des tribunaux, Tariq Ramadan aurait déjà été lapidé en place publique. Or, tout Tariq Ramadan qu’il est, le Suisse a aussi le droit à la présomption d’innocence, l’une des bases de notre justice. Sur sa page Facebook, l’islamologue dénonce une « campagne de calomnie. » Trop tard : il a déjà été jugé coupable par ceux qui, jadis, dénonçaient son « double discours. »

Pour les médias français, Tariq Ramadan serait au mieux le « pape » des musulmans français, au pire un imam. Et toute la communauté musulmane devrait donc se désolidariser de cet homme, se positionner pour ou contre lui.

Drôle d’idée que de demander, un jour, aux musulmans d’être discrets — comme l’avaient fait Manuel Valls et Jean-Pierre Chevènement — et, un autre jour, de les exhorter à s’indigner sur commande. En quelques jours, l’affaire Ramadan est devenue le procès de l’islamisme, du salafisme et plus globalement de l’Islam. Quitte à tout mélanger.

« Il est de notre responsabilité de laisser la justice faire son travail »

Mais revenons à ceux qui ordonnent aux musulmans de se prononcer sur cette affaire, ignorant les droits humains, leur préférant la « présomption de culpabilité. » Ce silence dont on accuse aujourd’hui les musulmans de France est pourtant la seule attitude sage : le silence républicain est logique. On pourrait avoir envie de prendre position pour l’une ou l’autre des parties dans cette affaire en laissant parler l’affect.

Et les accusations sont bien trop graves pour s’en servir à des fins de règlements de comptes idéologiques ou politiques, et si les victimes présumées bénéficiaient d’un quelconque respect, on éviterait de se servir d’elles.

Mais à l’heure où les commentaires sortent bien trop souvent du cadre juridique, bafouant la présomption d’innocence d’un côté et calomniant de l’autre, il est de notre responsabilité de nous taire et de laisser la justice faire son travail. Aujourd’hui, l’absence de silence médiatique conduit à toutes sortes de commentaires nauséabonds, pour certains emprunts d’islamophobie, pour d’autres d’antisémitisme.

« L’indignation sélective n’a pas sa place dans cette affaire »

Le silence est aujourd’hui plus qu’un droit, il est un devoir : celui de ne pas alimenter la machine à fantasmes. Dans « Français musulmans », il y a « Français » et tout citoyen de ce pays se doit aujourd’hui de respecter le secret de l’instruction et la présomption d’innocence. Mais le pédigrée de l’accusé semble ici bousculer cette règle élémentaire, là où un DSK — et même un Sarkozy — avait eu le droit à une justice plus équitable.

A la fin, ce sera la justice qui décidera des responsabilités de chacun dans cette affaire. L’indignation sélective n’a pas sa place dans cette affaire et il est du devoir de tous les influenceurs de calmer les esprits. Plus qu’un appel à s’indigner, il est temps d’appeler à la pudeur, à la retenue et à la raison. Un proverbe soufi dit d’ailleurs : « Si ce que tu as à dire n’est pas plus beau que le silence, alors tais-toi. »

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