Tariq Ramadan a annoncé sa volonté de demander la nationalité française. Pourrait-il devenir présidentiable, façon Houllebecq ? A voir...

Tariq Ramadan a demandé la nationalité française. Notre chroniqueur l’a imaginé en Ben Abbes, le héros de Houellebecq dans « Soumission ». Et si, en 2022, Ramadan devenait le président de la République ? Un rêve pour certains, un cauchemar pour d’autres…

S’il y a un consensus dans les médias en France, il est bien sur Tariq Ramadan. Il n’y a pas un média dans lequel son titre de philosophe n’est pas suivi systématiquement de l’épithète « musulman ». Il n’y a pas un média qui ne fasse précéder son nom par l’adjectif « controversé ». Il n’y a pas un média qui ne mette en doute sa sincérité en l’accusant d’user d’un « double discours », sans que personne ne puisse apporter un quelconque argumentaire. Et puis, défaut suprême de Tariq Ramadan, il est le petit-fils de Hassan El Banna, le fondateur des frères musulmans. Alors ça, c’est presque insupportable, voire impardonnable pour les journalistes ou autres téméraires qui ont tenté de débattre avec lui.

Une demande de nationalité impertinente

Quand on prend du recul, et en regardant tous ses débats, il a réellement — comme dirait Audiard — « correctionné » tout le monde. De BHL, en passant par Finkielkraut, Copé, Fourest et Villiers. Sans oublier son audition par la commission parlementaire sur le port du voile pendant laquelle le député Jean Glavany a été plus qu’odieux, mais qui n’a pas manqué d’être remis à sa place par ce « ninja » de la rhétorique qu’est Tariq Ramadan. Si, comme on le dit, le ridicule pouvait tuer, la plupart de ses contradicteurs ne seraient plus de ce monde. Le problème de Tariq Ramadan est qu’il connaît sur le bout des doigts ses dossiers. Mieux, il connaît très bien la France et est certainement la personne la plus appréciée de la communauté musulmane, à quelques jaloux près.

Mais nos médias et politiques préfèrent aduler des Hassen Chalghoumi — qui est plus à plaindre qu’à blâmer — qu’ils pensent imposer comme « voix de la communauté » musulmane de France, pensant peut-être que les Français musulmans souffrent de cécité pour ne pas voir la supercherie. Rendez-vous compte… Chalghoumi ! Mais rien n’y fait, Tariq Ramadan est plein de ressources et, aujourd’hui, il jette un pavé dans la marre en demandant la nationalité française. Que vont faire les politiques car ce sont bien eux qui vont décider — et non pas l’administration — du sort donné à sa demande presque impertinente, voire provocatrice.

De la Suisse à la France, un chemin étonnant

Car de Hollande à Valls, et dans la tête de tous les responsables politiques, qui peut oublier Mohamed Ben Abbes,le héros du livre « Soumission » de Houellebecq ? Vous savez cet « Arabe », ce « musulman » qui devient président de la République française lors de la déconfiture des partis politiques français en 2022 au profit du parti que Houellebecq a appelé la Fraternité Musulmane. Tariq Ramadan m’est tout de suite venu à l’esprit quand j’ai dévoré le passionnant livre de Houellebecq qui, soit dit en passant, est plus antiféministe qu’islamophobe. Nous attendons avec impatience la décision des autorités quant à la naturalisation de « Frère Tariq » et de voir ce que va en faire celui qui veut troquer un passeport suisse contre un passeport français — en réalité, il pourra garder les deux —, alors qu’il est de « tradition fiscale française » de faire le chemin inverse.

Pierre Z. Lajarge

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