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Débats

Tariq Ramadan, basané brillant et « ennemi du peuple »

L’avocat Karim Achoui revient sur l’affaire Tariq Ramadan. Il estime, quelques jours après le refus par les juges de mettre en liberté l’islamologue, que son maintien en détention « est d’abord et avant tout un message à tous les basanés. »

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Je suis hanté par le sort de Tariq Ramadan. Comme je m’en suis déjà expliqué, Ramadan n’est pas mon ami. Je respecte l’intellectuel qui a su porter une voix forte et brillante sur le plan rhétorique, dans un débat public où les basanés sont réduits aux rôles de faire-valoir et de supplétifs. En revanche, l’homme m’indiffère totalement et j’ai toujours ressenti une certaine gêne devant la vénération puérile dont il faisait l’objet au sein de la communauté musulmane, même parmi ses membres les plus éduqués.

L’homme à qui il a encore été refusé sa mise en liberté n’est pas mon ami, mais je n’en ressens que plus d’ardeur à prendre sa défense. Car ce qu’inflige la justice française à Tariq Ramadan dépasse de très loin le cas particulier de cet homme. En effet, dans un contexte où le témoignage de la principale plaignante s’est effondré, son maintien en détention est d’abord et avant tout un message à tous les basanés.

« Les basanés n’ont pas le droit de sortir des rôles qui leur ont été assignés »

Ce message, je l’entends intimement, et je ne pense pas être le seul dans ce cas. Ce message est un rappel à l’ordre de l’Etat français à tous les basanés : « Vous êtes au mieux tolérés sur ce territoire. Restez à vos places subalternes et continuez à jouer vos rôles de dominés. Dans le cas contraire, vous serez impitoyablement brisés. »

Le cas Ramadan vient nous rappeler que la mentalité coloniale de l’Etat français est toujours bien ancrée et que les basanés n’ont pas le droit de sortir des rôles qui leur ont été assignés.

Peu importe que Ramadan soit coupable ou innocent, car il n’est pas traité suivant les règles de l’Etat de droit. Prisonnier d’exception, il est confronté à une justice d’exception. Il me rappelle cette figure soviétique et donc totalitaire de l’« ennemi du peuple », soit celui qui représenterait un tel danger social, que toute garantie des droits devrait s’effacer à son égard.

Je ne doute pas un instant que les basanés brillants qui souhaiteraient échapper à leur condition seront à leur tour désignés « ennemis du peuple » et goûteront aux geôles du régime. Ils iront crever en prison, jusqu’à ce que cet ordre injuste et raciste s’effondre.

Il finit toujours pas s’effondrer.

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