Des combats entre soldats turcs et armée syrienne ont fait lundi 17 morts dans le nord-ouest de la Syrie, faisant monter d’un cran les tensions entre Ankara et Moscou, le principal allié de Damas. 

Il s’agit de l’incident le plus grave entre Damas et Ankara depuis l’intervention de la Turquie dans le conflit syrien en 2016 pour combattre le groupe Etat islamique (EI) et contrer l’avancée des forces kurdes près de sa frontière.

Les confrontations directes meurtrières entre la Turquie, qui soutient des rebelles syriens, et les forces de Damas ont été très rares depuis le début de la guerre en 2011.

Toujours dans le nord-ouest de la Syrie, où les forces du régime alliées à l’armée russe combattent des forces jihadistes et rebelles, neuf civils ont été tués lundi dans des raids, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) qui n’a pas précisé qui était derrière les frappes.

Les combats entre soldats syriens et turcs interviennent quelques jours après que le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé la Russie de « ne pas honorer » les accords bilatéraux visant à empêcher une offensive d’envergure du régime dans le nord-ouest du pays.

« Demander des comptes »

Les combats de lundi ont commencé dans la nuit avec des tirs du régime sur des positions turques, selon l’OSDH.

La Turquie a indiqué que quatre soldats turcs avaient été tués et neuf blessés par des tirs d’artillerie du régime, affirmant que l’armée turque avait répliqué et « détruit plusieurs cibles ».

Au moins treize soldats du régime syrien ont été tués et vingt autres blessés dans l’attaque de représailles, selon l’OSDH.

M. Erdogan a affirmé de son côté que « entre 30 et 35 » soldats syriens avaient péri. L’agence officielle syrienne Sana a démenti elle tout décès dans les rangs de l’armée.

« Nous allons continuer de demander des comptes », a averti le président turc qui a demandé par ailleurs à la Russie de ne pas « entraver » la riposte turque.

Le ministère turc de la Défense a précisé que les militaires visés avaient été envoyés à Idleb pour renforcer des postes d’observation turcs se trouvant dans cette région.

Le porte-parole du parti de M. Erdogan, l’AKP, a estimé que le régime syrien avait attaqué les soldats turcs car il se sentait « protégé par le parapluie russe ».

Le ministère russe de la Défense a affirmé pour sa part que le groupe de soldats turcs effectuait des déplacements dans la zone de désescalade d’Idleb (…) sans en avoir averti la Russie ».

Ankara détient 12 postes d’observation dans la région d’Idleb dans le cadre d’un accord conclu avec la Russie visant à mettre fin aux violences dans ce dernier bastion dominé par des jihadistes et des rebelles.

Mais les forces du régime de Bachar al-Assad ont intensifié depuis décembre leur offensive dans cette province et gagné du terrain.

Elles ont repris mercredi la ville-clé de Maaret al-Noomane dans le sud de la province d’Idleb et se dirigent vers Saraqeb, située sur une autoroute clé.

Face à cette avancée, M. Erdogan avait menacé la semaine dernière de recourir de nouveau « à la force militaire ». Il avait aussi dit regretter que la Russie « ne respecte pas » les accords conclus entre les deux pays pour éviter une escalade.