Aux Etats-Unis, les adeptes de la suprématie blanche commettraient plus d'actes meurtriers que les islamistes, selon une enquête.

C’est la question que se posent les lecteurs musulmans de journaux : pourquoi les personnes qui tuent au nom de l’Islam sont-elles appelées « terroristes » quand les non-musulmans ne sont définis que comme des « forcenés ? »

Lors de la tuerie de Charleston, les journaux avaient hésité à définir Dylann Roof comme un terroriste. « Ce n’est pas l’acte d’une « personne haineuse isolée ». C’est la manifestation de la haine raciale et du suprématisme blanc qui continue de se répandre dans notre société », avait écrit le Washington Post, ajoutant : « Nous devrions appeler Dylann Roof comme ce qu’il est : un terroriste. »

Condamner tous les actes avec la même force

Vouloir que ces fous qui tuent au nom de la suprématie blanche soient appelés « terroristes » n’a pas pour objectif de minimiser les actes des islamistes terroristes, mais plutôt de ne pas classer les tueries au nom de l’Islam à part. Une façon de stigmatiser la population musulmane. Aujourd’hui, on tue au nom de toutes les religions, au nom de la suprématie d’une « race ». Il faut condamner ces actes avec la même vigueur, quels qu’ils soient.

D’ailleurs, révèle un centre de recherche de Washington, près de deux fois plus de personnes ont été tuées par des adeptes de la suprématie blanche et autres fanatiques anti-gouvernementaux que par des musulmans radicaux aux Etats-Unis. Selon ses chiffres, 26 personnes ont été assassinées par des djihadistes – « auto-proclamés », précise le centre de recherche – et 48 personnes par des extrémistes non-musulmans. « Les services de police à travers le pays nous ont dit que la menace des extrémistes musulmans n’était pas aussi grande que la menace des extrémistes de droite », explique Charles Kurzman, chercheur de l’Université de Caroline du Nord.

Lors d’un attentat, l’hypothèse religieuse s’impose d’emblée

« Il y a désormais une acceptation de l’idée que la menace du terrorisme djihadiste aux Etats-Unis a été exagérée », assure de son côté John Horgan, chercheur à l’Université de Columbia. De quoi se poser la question du traitement tout particulier réservé au djihadisme : « Si le terrorisme est défini comme une violence idéologique, devrait-on considérer comme terroriste celui qui attaque la religion, la politique ou la couleur de peau ? » écrit le New York Times. Des avocats dénoncent la propension des médias à chercher des traumatismes d’enfance chez les tueurs non musulmans. « Avec les non-musulmans, les médias se penchent sur le passé du terroriste pour tenter d’identifier certains aspects psychologiques expliquant le passage à l’acte, assure Abdul Cader Admal, porte-parole de la communauté musulmane de Boston. Si l’assaillant est un musulman, l’hypothèse religieuse s’impose d’emblée. »

« S’il y a une leçon que nous avons apparemment oubliée ces vingt dernières années après Oklahoma City, c’est que les violences extrémistes viennent de partout », conclut John Horgan. La récente décapitation d’un patron en Isère montre que, bien souvent, lier un drame à la religion musulmane est une solution de facilité pour les médias. Et cela crée une « guerre des civilisations » – comme l’a affirmé Manuel Valls – qui n’a qu’une conséquence : la méfiance à l’égard d’une population musulmane qui n’a rien à voir avec ces folies meurtrières.

Aux États-Unis, les extrémistes blancs tuent plus que les djihadistes (ici)

Yassine Bannani

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