Alertée par les réseaux sociaux, la Cnaf a supprimé les aides accordées à un camp de vacances musulman, s'appuyant sur sa charte de la laïcité.

Un camp de vacances pour musulmans risque de perdre son agrément de la Cnaf et a déjà perdu ses subventions. Une décision étonnante…

La Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf) ne financera pas le séjour de l’association Vacances Ethiques, qui aura lieu du 21 au 28 août prochain, dans les Hautes-Alpes. Dix-huit familles doivent y participer et comptaient certainement sur des chèques-vacances pour alléger la somme à débourser. Mais le directeur général de la Cnaf, Daniel Lenoir, a personnellement veillé à ce qu’aucun centime de la Caisse ne soit déboursé. Celui-ci a demandé à la Cnaf « de faire un contrôle dès demain (aujourd’hui) pour vérifier que le centre respecte notre charte de la laïcité. » Le directeur de la Cnaf s’appuie en effet, pour refuser de financer ces vacances, sur l’article 5 de sa charte de la laïcité.

Le « caractère cultuel » du séjour gêne la Cnaf…

Un article qui « garantit le libre arbitre et protège du prosélytisme. » Selon la Cnaf, « la laïcité offre à chacune et à chacun les conditions d’exercice de son libre arbitre et de la citoyenneté. Elle protège de toute forme de prosélytisme qui empêcherait chacune et chacun de faire ses propres choix. » Or, le séjour proposé par Vacances Ethiques proposait des « rappels réguliers » sur « la foi, le comportement et la vie du croyant en général », selon le Figaro, qui indique aussi la présence d’un « invité d’honneur », l’imam de la mosquée d’Aubervilliers, Aami Hassen Bounemcha. Un imam « controversé », dont la mosquée « est connue pour être fréquentée par des groupes salafistes », selon le quotidien.

C’est alerté par les réseaux sociaux que la Cnaf a donc décidé de faire un contrôle du camp de vacances. Mais déjà, plusieurs aides ont été supprimées, parmi lesquelles les subventions de Vacaf, qui est gênée par le fait que « la spiritualité fait partie intégrante de ce séjour », selon la brochure. Le « caractère cultuel » a, explique Thierry Mathieu, directeur de Vacaf, empêche son organisme de subventionner le séjour. « A partir du moment où ce séjour ne respectait pas la charte de la laïcité et plus basiquement la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, on a souhaité qu’un contrôle soit diligenté », explique-t-il.

…qui finance des séjours juifs et chrétiens

Si l’homme insiste sur le fait que, « quel que soit le culte, les problèmes se posent de la même manière », du côté de Vacances Ethiques, on s’étonne. L’association affirme n’avoir jamais eu ce genre de problème depuis 2014. Comme le rappelle Al Kanz, cette décision serait logique si Vacaf n’avait pas fourni d’aide financière à un camp chrétien organisé en juillet dernier par des prêtres — avec prières, messes et catéchisme au programme — ou encore à des vacances scolaires des Loubavitch. « C’est une injustice car de nombreuses associations juives et chrétiennes en bénéficient sans que cela pose le moindre soucis », dénonce l’association, qui estime que, « à 10 jours du départ, priver ces familles de leurs seules vacances dans l’année est une honte. »

Mehdi Chaouali

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