En embauchant Christopher Froome dans son équipe, Israel Start Up Nation veut rendre l’image de l’Etat hébreu plus positive. Un coup d’épée dans l’eau ?

Le nom — Start Up Nation — est moderne et positif. Mais derrière cette récente équipe cycliste se cache le milliardaire israélo-canadien Sylvan Adams, spécialiste du sportwashing, qui avait déjà réussi l’exploit d’obtenir, pour l’Etat hébreu, l’organisation d’une épreuve du Giro. En 2019, il avait annoncé fièrement la création de son équipe cycliste. Avec un objectif de taille, celui de participer au Tour de France grâce au rachat de la licence d’une équipe suisse. « Nous aurons notre nom, Israël, au Tour de France, qui sera vu par 2,6 milliards de personnes avec nos couleurs bleu et blanc. C’est très symbolique », expliquait Adams.

Et parce qu’en Israël, on voit les choses en grand, l’équipe veut s’appuyer sur son nouveau coureur : Chris Froome. Le Britannique sera la tête d’affiche de l’équipe lors du prochain Tour de France. Mais Adams avait bien mis en avant la préférence nationale au moment d’annoncer la création de Start Up Nation : au moins un des huit coureurs de son écurie allait être de nationalité israélienne. Après une première participation moyenne, l’équipe israélienne ayant terminé 19e du Tour 2020, Adams « espère voir un Israélien à la ligne d’arrivée du Tour de France, ce serait un événement historique ».

A la création de l’équipe, le milliardaire avait tenté d’atténuer les choses en affirmant avoir « signé un coureur cycliste musulman ». Mais que l’on ne s’y méprenne pas, le but de l’opération est bien de nettoyer l’image d’Israël dans les médias. « Israël est un pays dont on parle beaucoup, et mal, en général, dans les médias. Ça n’est pas juste et avec l’équipe, nous voulons en finir avec ces préjugés », explique-t-il à RFI.

Mais cette opération de sportwashing a du mal à passer. Et sur les bords de route, certains arborent fièrement le drapeau israélien. Une démonstration de force pas vraiment du goût d’Adams : « Je n’appelle pas ça des démonstrations, j’appelle ça trois personnes avec un drapeau, et je pense que ce sont les mêmes à chaque étape. Ils ont le droit de promouvoir leurs idées. Mais si on compare ça avec la réaction de la grande majorité des Français, je pense qu’on est très bien reçus, ici », explique-t-il.

En prenant Chris Froome, l’Etat hébreu veut donc faire oublier la colonisation, régulièrement dénoncée par la communauté internationale. Mais l’état de forme de l’ex-champion laisse à désirer et nul doute que Start Up Nation continuera à ne pas réaliser d’exploits sur le prochain Tour. Froome, lui, a vendu son âme à une équipe qui va tenter de redorer le blason d’Israël.

« C’est un projet et nous sommes en mission », ose Adams, qui ajoute : « Nous devons promouvoir notre pays pour montrer le vrai visage d’Israël, qui est tellement mal compris à cause d’une couverture médiatique à sens unique. Nous sommes un pays merveilleux, intéressant, divers, ouvert, tolérant, démocratique et plus important que tout, un pays sûr ». Difficile à croire après les raids aériens israéliens de ces dernières semaines. Lors du Tour de France, le milliardaire espère que l’image d’Israël ne sera associée qu’au cyclisme. Pas sûr que les militants BDS soient d’accord.