La mosquée de Noisy-le-Grand a vu son statut d’association cultuelle suspendu, notamment après avoir dénoncé l’islamophobie en France et soutenu l’ONG BarakaCity.

En France, on doit être Charlie, mais surtout pas BarakaCity. Pour rappel, l’association musulmane, qui vient en aide à des personnes partout dans le monde, avait été accusée par le gouvernement de « relations au sein de la mouvance islamiste radicale » et de « se complaire à justifier des actes terroristes ». Le 28 octobre dernier, l’ONG avait été dissoute lors d’un Conseil des ministres. Quelques jours avant cela, les locaux de BarakaCity ainsi que le domicile d’Idriss Sihamedi, son fondateur, avaient été violemment perquisitionnés. Le gouvernement avait alors décidé d’envoyer un message clair, alors qu’allait suivre un long débat sur la loi « Séparatismes ».

Si Idriss Sihamedi a reçu de nombreux messages de soutiens, de musulmans ou non, il ne fait pas bon pour les responsables religieux de déplorer la dissolution arbitraire de l’ONG. Un imam de la mosquée de Noisy-le-Grand, et le président du lieu de culte, sont accusés d’avoir soutenu publiquement, sur les réseaux sociaux, BarakaCity. Un acte qui relève des convictions qui ne devrait pas donner lieu à des sanctions. Et pourtant, le préfet de Seine-Saint-Denis a réussi à faire perdre à cette mosquée son statut d’association cultuelle.

Plus globalement, le préfet reproche à l’imam de la mosquée de s’être adonné à du « prosélytisme anti-occidental » et d’avoir dit que la France était « peuplée de mécréants ». La préfecture de Seine-Saint-Denis accuse donc l’association qui gère le lieu de culte de « trouble à l’ordre public ».

Un dossier vide

Mais le président de l’association cultuelle dénonce un « coup de pression ». Face à cette injustice, il a décidé de porter l’affaire devant les tribunaux. Enis Chabchoub, président de l’association des Musulmans de Noisy-le-Grand dénonce une décision basée sur « un dossier vide » et s’étonne que, deux ans après sa délivrance, il ait perdu le statut d’association loi 1905. Une hérésie, d’autant que le gouvernement a toujours dénoncé les mosquées qui se plaçaient sous le statut d’associations loi 1901 — soit culturelles — au lieu de 1905.

Le tribunal administratif de Montreuil devait donc statuer sur la décision du préfet de Seine-Saint-Denis. La requête du président de l’association a été rejetée fin juin et ce sera à la Cour d’appel de juger l’affaire.

Plus étonnant, selon le tribunal, il est reproché aux dirigeants de la mosquée d’avoir dénoncé, « sur un ton polémique, l’existence d’une discrimination systémique envers la communauté musulmane cautionnée par les pouvoirs publics, et singulièrement par les services de justice et de police ». En réalité, le président de la mosquée s’était ému de l’intervention policière dans les locaux de l’ONG BarakaCity.

Si l’imam est mis hors de cause, pour son accusation de « prosélytisme anti-occidental », Enis Chabchoub tente de défendre le religieux. Ce retrait du statut de la mosquée de Noisy envoie en tout cas un signal clair : dénoncer l’islamophobie et soutenir des associations caritatives musulmanes n’est pas très républicain.