Le mardi 24 mars en fin d’après-midi, Soufiane quitte le domicile de son père afin de se rendre chez sa mère pour récupérer quelques affaires et prendre une douche avant de commencer son travail de livreur chez Amazon, dans la soirée. Alors qu’il se trouve sur le trajet, il rencontre certains de ses amis qui lui apprennent que deux patrouilles de la BAC tournent dans le secteur où habite sa mère. « Ces patrouilles ont la réputation de réaliser des contrôles souvent violents. Soufiane décide alors de contourner l’itinéraire et passe par l’intérieur du quartier des Avelines pour se rendre chez sa mère », raconte l’avocat de Soufiane, Me Samim Bolaky.

Soufiane entend alors les moteurs des véhicules banalisés de la BAC, il reste dans le quartier quelques instants et commence à paniquer. « Il connait la réputation de ces policiers d’une part, et d’autre part il a oublié son attestation de sortie, précise son avocat. Il se met à courir en essayant de faire demi-tour pour rentrer chez son père. Arrivé dans le quartier des hautes plaines finalement où réside ce dernier, il entend dans son dos un crissement de pneus, il se retourne et voit les policiers qui descendent du véhicule et se mettent à le pourchasser ».

« On va te ramener dans la foret et on va te bruler »

Soufiane est finalement rattrapé. Pour celui qui le défend, « il n’oppose aucun résistance mais est frappé à plusieurs reprises à coups de matraque télescopique et de pied. Il est ensuite mis à terre insulté, frappé, fouillé et menotté ». Dans la cité, tout les habitants assistent aux faits. Les trois policiers, dont un cagoulé selon l’avocat de Soufiane, décident de l’emmener dans le sens opposé de leur véhicule, sous un porche à l’abris des regards. « A ce moment-là, ils ont essayé d’ouvrir la porte du hall, mais la porte était fermée, donc toute la scène va se dérouler devant la porte du hall. Un des policiers lui touche les parties intimes en lui disant ‘T’aimes ça, s…’ ».

Maintenu debout, Soufiane est alors violenté. « Le policier cagoulé lui met la main sur la bouche, s’en suite une pluie de coups qui s’abattent, sur lui. Soufiane a le réflexe de mordre, mais les coups continuent. Soufiane tombe au sol. A ce moment-là, il crie, puis est trainé dans la voiture ». Le jeune homme, poursuit l’avocat, est ensuite allongé au sol, les pieds vers la portières, la tête entre les jambes du policier cagoulé. « Un des policiers pose son pied sur la zone où se trouve le coeur de Soufiane et appuie fortement. Le policier lui dit : ‘On va te ramener dans la foret et on va te bruler, t’es qu’une petite p…’ », poursuit Me Samim Bolaky.

Emmené au commissariat, Soufiane est alors accusé de « refus d’obtempérer », indique la police à ses parents. Le jeune homme signe un procès-verbal, « sans le relire » indique l’avocat. Dans ce PV, à aucun moment, les policiers n’indiquent avoir donné des coups, ni que Soufiane a mordu un policier avant d’être maitrisé. Dans la soirée, Soufiane fait constater ses blessures. Le lendemain, un médecin prescrira quatre jours d’ITT au garçon. Le vendredi suivant, une plainte a été déposée pour « violences volontaires aggravées ».