Le mouvement des Scouts musulmans vit dans l'indifférence générale. Pourtant, ses actions mériteraient qu'on s'y intéresse un peu plus.

Les Scouts musulmans de France viennent de fêter leurs 25 ans, dans l’anonymat général. Pourtant, ce mouvement pourrait être utile dans la lutte contre l’extrémisme.

« Un mouvement d’espérance et de fraternité. » Voilà comment se définit le scoutisme musulman de France sur son site internet. Le portail des scouts est en cours de rénovation. Comme un symbole pour ce mouvement qui peine encore à trouver son public. En effet, le mouvement ne compte que 500 jeunes et une quinzaine de groupes, selon le quotidien La Croix. Un succès mitigé, selon Elsa Bouneau, directrice de la Fédération du scoutisme français, qui estime que les Scouts musulmans de France « sont à un niveau d’adhésion insuffisant. Sur près de cinq millions de musulmans, j’estime qu’ils pourraient être au moins 10 000. »

« Une jeunesse en mal de repères »

Mais alors, qu’est-ce qui cloche ? Sur Facebook, les « fans » sont pourtant plus nombreux : 8 500 à aimer les articles sur la laïcité partagés par les SMF, les vidéos de Patrick Kanner, Ministre de la Ville de la Jeunesse et des Sports, ou encore des messages sur le vivre-ensemble. Mais, bien loin du buzz que suscitent les intégristes et dont les médias raffolent, la presse ne s’intéresse que peu aux Scouts musulmans de France, qui fêtent pourtant cette année leur 25 ans. Un anniversaire fêté comme il se doit par Khaled Bentounès, chef spirituel de la confrérie soufie Alawiyya, qui est à l’origine de ce mouvement.

Un manque de médiatisation inexplicable. Car, rappelle Abdelhak Sahli, président des SMF, « les jeunes, y compris ceux qui se radicalisent, sont des personnes en quête de sens. Le scoutisme peut leur donner des outils pour créer des projets, s’engager. » Or, comme c’est le cas pour les aumôniers de prison, l’Etat n’aide que trop peu ce genre d’initiative. Pourtant, Elsa Bouneau en est certaine : « Le scoutisme a un rôle à jouer face à une jeunesse en mal de repères. » Les mosquées l’ont compris et plusieurs d’entre elles sollicitent le mouvement des SMF pour les mettre en lien avec des jeunes en quête de sens.

« Lutter contre la radicalisation »

Dans une période où la laïcité est mise à mal par des interprétations souvent erronées, le mouvement des SMF a fait le choix de n’être rattaché à aucun lieu de culte. S’il est indiqué qu’il est musulman, le mouvement préfère miser sur l’éducation populaire que sur la religion. Dans les rencontres et les camps organisés par les SMF, les jeunes filles peuvent ou non porter le voile, par exemple. Rien n’est imposé. « Les mosquées sont dans l’apprentissage, et nous plutôt dans la réflexion », résume Driss Rennane, aumônier général du mouvement.

Surtout, le mouvement des Scouts musulmans de France parle aux jeunes, ce que ne font presque par les mosquées aujourd’hui. « Nous avons compris ce que les scouts musulmans peuvent apporter à la jeunesse, notamment pour lutter contre la radicalisation. Ils peuvent être une alternative. Toutes les mosquées devraient nouer des partenariats avec eux. E la mosquée l’éducation religieuse, et au scoutisme l’apprentissage, pour le jeune, de ses capacités et de l’autonomie », résume Abdallah Dliouah, imam à Valence.

Yassine Bannani

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