Dans un discours, Nicolas Sarkozy pointe la menace de la charia en France si l'on garde tous les musulmans dans notre pays. Une phrase ubuesque.

Imaginez qu’un musulman sur trois veuille imposer la charia en France et supprimer le Code civil. On est loin de la réalité, mais Nicolas Sarkozy semble persuadé que c’est possible si l’on n’y prend pas garde.

Ils sont fous, ces Gaulois ! Alors que l’étude « Portrait et sociologie des Français de confession musulmane », publiée dans le JDD et réalisée par l’institut Montaigne, a fait débat ces derniers jours, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à reprendre un chiffre sorti dans le sondage qui accompagne ce dossier. Celui, selon l’IFOP, de la part des Français musulmans favorables à la charia. L’ancien président de la République estime que cette étude « est extrêmement préoccupante », notamment parce qu’« un quart des plus jeunes musulmans sont tentés par une forme de radicalité. » S’il admet qu’« il n’y a aucune hystérie là-dedans », Nicolas Sarkozy estime cependant qu’on ne peut pas « garder » en France « 29% d’une communauté qui se trouve tentée par la charia. » Le mot est lâché, le candidat à la primaire des Républicains suggère que près d’un tiers de la communauté musulmane remplacerait volontiers le Code civil français par la Coran.

La mauvaise définition de la charia

Le groupe des « autoritaires », décrit par l’institut Montaigne, comprend 28 % des musulmans de France. Des Français « majoritairement jeunes, peu qualifiés et peu insérés dans l’emploi », qui « vivent dans les quartiers populaires périphériques des grandes agglomérations. » Toujours selon le rapport du think-tank, « ce groupe se définit davantage par l’usage qu’il fait de l’Islam pour signifier sa révolte vis-à-vis du reste de la société française que par son conservatisme. » A aucun moment, concernant ces « autoritaires », l’institut Montaigne ne parle d’ailleurs de la charia. La charia est évoquée au sujet des « conservateurs », l’organisme indiquant que celle-ci a « une grande importance pour eux », mais précisant que ce groupe « rejette très clairement le niqab et la polygamie et accepte la laïcité. » Mais lorsque l’IFOP suggère l’idée que la charia est importante pour les musulmans, il n’en faut pas plus pour Nicolas Sarkozy, qui agite donc l’épouvantail de la la menace intérieure.

Mais au fait, qu’est-ce que la charia ? Des règles tirées du Coran et de la sunna. Dans la bouche de Sarkozy — et l’idée est d’ailleurs souvent reprise par la fachosphère —, cette menace de charia impliquerait, si l’on n’y fait pas attention, que la lapidation soit un jour appliquée en France. « Il y a souvent une confusion avec la loi religieuse musulmane. La charia n’est pas un code, comme le Code civique en France, résume Mohammed-Hocine Benkheira, directeur d’études de l’Ecole pratique des hautes études dans Slate. C’est l’ensemble des interprétations que les théologiens ont donné de la loi révélée. » De plus, le sondage de l’IFOP reste à prendre avec des pincettes : « La marge d’erreur moyenne d’un sondage effectué auprès d’un échantillon de 1 000 personnes est d’environ 3 % », indique l’institut Montaigne, pour que cela peut monter jusqu’à « 6 à 8 % » pour un sous-groupe.

Pierre Z. Lajarge

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