Ce dimanche, la formation ultranationaliste pourrait doubler son nombre de sièges et devenir la troisième force politique du pays, selon les sondages.

Barbe impeccablement taillée et regard perçant, ce quadragénaire a fondé Vox en 2014 avec des déçus d’un Parti populaire (PP, conservateur) accusé d’avoir « trahi » leurs « valeurs ».

Marginale à ses débuts, la formation a provoqué un séisme en entrant en avril au parlement espagnol avec 24 députés dans un pays où l’extrême droite était résiduelle depuis la fin de la dictature franquiste en 1975.

« Je ne suis pas xénophobe. Je suis une personne ouverte et tolérante », assurait en octobre Abascal, souriant et blagueur, sur le plateau d’une émission populaire regardée par 4,7 millions de téléspectateurs. Où il appelait dans le même temps à l’expulsion des migrants mineurs non accompagnés.

– « Indépendantisme criminel » –

Interdiction des partis séparatistes, suppression de la large autonomie de la Catalogne, abrogation de la loi contre les violences sexistes… Ses propositions chocs suscitent de vives polémiques et permettent à Vox d’occuper le terrain médiatique et les réseaux sociaux.

Ses fausses affirmations populistes anti-migrants et anti-islam, sa défense de la famille traditionnelle et de la monarchie attirent les foules lors des meetings.

Mais ce sont surtout ses diatribes contre « l’indépendantisme criminel », les « ennemis de l’Espagne » et la « lâcheté » des grands partis dans la crise catalane qui alimentent la montée de Vox.

« Ce n’est pas son charisme qui attire les électeurs.(…) Le succès de son parti vient de la crise en Catalogne et du fait que les partis classiques ont été incapables de trouver une solution », analyse Ignacio Jurado, politologue à l’université Carlos III de Madrid.

– Menacé par l’ETA –

Né à Bilbao et élevé à Amurrio, un village du Pays basque dont son grand-père fut maire sous Franco, Santiago Abascal, 43 ans, raconte volontiers que son père, conseiller municipal PP, a échappé à trois tentatives d’assassinat par les séparatistes de l’ETA.

Encarté dès 18 ans au PP, il devait lui aussi toujours sortir accompagné de deux gardes du corps dans cette région du nord où les élus PP ou socialistes étaient des cibles du groupe armé qui s’est dissous en 2018.

« Son expérience politique au Pays basque, les années à être menacé, ont certainement marqué ses idées. Mais il est évident que tous les gens menacés par l’ETA n’ont pas connu cette radicalisation. Je suppose que la tradition idéologique de sa famille a aussi joué un rôle », a déclaré à l’AFP Beatriz Acha, politologue à l’Université publique de Navarre.

Héritage de cette époque, ce père de quatre enfants de deux mariages différents ne cache pas posséder un Smith & Wesson, fait rare dans un pays à la législation très restrictive sur le port d’armes qu’il aimerait d’ailleurs assouplir.

Habitué à se mettre en scène sur Instagram dans des poses viriles, Abascal diffuse souvent dans ses meetings des images de lui gravissant les montagnes ou se promenant à cheval dans la nature.

Il y a un an, une de ses vidéos très commentées le montrait chevauchant à travers le sud de l’Espagne avant les élections régionales en Andalousie qui ont signé l’arrivée de Vox sur l’échiquier politique.

Ce clip était intitulé « La Reconquista commence en Andalousie », en référence à la succession de guerres destinées à récupérer les territoires occupés par les musulmans entre le VIIIème et le XVème siècles.