Israël a obtenu un siège d’observateur à l’Union africaine. Une décision surprenante lorsque l’on sait ce que les pays africains pensent de l’occupation israélienne.

En deux mois seulement, Israël est passé du statut d’oppresseur à celui d’invité de prestige au sein de l’Union africaine. Alors que l’Etat hébreu faisant, en mai dernier, usage de la force, de façon gratuite et abondante, envers la Palestine, l’UA avait dénoncé « une flagrante violation du droit international ». Difficile effectivement de soutenir Tel-Aviv lors de cet épisode violent, qui n’était ni le premier ni le dernier. Mais de là à, deux mois plus tard, offrir un siège d’observateur en son sein à Israël, il y a un fossé, que l’Union africaine n’a pas rechigné à enjamber.

Voilà des années qu’Israël tente d’obtenir un statut d’observateur au sein de l’Union africaine, perdu en 2002 après la dissolution de l’OUA, l’Organisation de l’unité africaine, qui avait laissé sa place à l’UA. Sous Netanyahu, l’Etat hébreu a multiplié les appels du pied à l’Afrique. Sans succès. Car l’annulation du sommet Afrique-Israël prévu au Togo ou encore les condamnations de plusieurs pays africains semblaient incompatibles avec la demande israélienne.

Les Accords d’Abraham ont tout débloqué

Mais depuis ces dernières années, de l’eau a coulé sous les ponts. Et les Accords d’Abraham sont passés par là. En offrant au Maroc la souveraineté sur le Sahara occidental sur un plateau, les Etats-Unis ont trouvé un moyen efficace pour l’Etat hébreu d’être soutenu par Rabat. Le Soudan s’est aussi laissé séduire par les Américains et les Israéliens. Or, en plus du Maroc et du Soudan, plusieurs Etats africains ont accepté de soutenir la demande de l’Etat hébreu : Kenya, Rwanda, Soudan du Sud, Zambie, Malawi ou encore Ethiopie.

C’est désormais officiel depuis hier : Israël a son siège d’observateur à Addis-Abeba, en Ethiopie. Ce qui s’annonce tout de même sportif pour les mois à venir : plusieurs pays refusent encore d’avoir des relations diplomatiques avec Tel-Aviv. Et le forcing d’Israël ne sera pas du goût de tous les membres de l’UA. Surtout, il sera difficile pour l’Afrique du Sud ou pour les pays du Maghreb de ne plus condamner Israël lors des violentes attaques contre la Palestine occupée.

Mais l’argent n’a pas d’odeur et la diplomatie économique d’Israël a, semble-t-il, eu la priorité sur les exactions commises par Tel-Aviv et le racisme d’Etat qui y est omniprésent. L’Etat hébreu est devenu l’un des plus importants partenaires économiques de l’Afrique, comme la Chine d’ailleurs, qui a réussi à s’éviter la vindicte africaine sur le dossier des Ouïghours. A coup de millions de dollars, Israël est entré par la grande porte diplomatique à l’Union africaine. Désormais, la cause palestinienne devrait devenir secondaire dans les couloirs d’une UA qui s’est, ce jeudi, compromise pour des raisons économiques.