« Le salafisme est la référence de l’Islam en France », affirme Abdelali Mamoun, qui vient ainsi à la rescousse d'un Manuel Valls qui a décidé de ne parler que de ce sujet.

Après les propos du Premier ministre français, l’imam d’Alfortville déclare que « la principale référence de l’islam de France, c’est le courant salafiste. »

C’est ce qu’on appelle une minorité visible… Selon Manuel Valls, « une minorité de salafistes est en train de gagner la bataille idéologique et culturelle de l’islam de France. » « Il n’y a qu’eux qu’on entend. Le salafisme peut amener à l’islamisme radical et au terrorisme », a déclaré le Premier ministre lors de sa table ronde au « Sursaut 2016 », pendant laquelle il a également assurer que « les salafistes doivent représenter aujourd’hui 1 % des musulmans dans notre pays, mais leur message, leurs messages sur les réseaux sociaux sont les seuls qu’on entend et qui se font entendre des plus jeunes. »

L’imam d’Alfortville est venu à sa rescousse ce matin sur Europe 1. Pour Abdelali Mamoun, en France, c’est la parole des prédicateurs radicaux qui règne. Pour ce dernier, les mosquées radicales existent en France par dizaines, voire il en existerait même une centaine. Et leur dissolution, une proposition du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, n’est pas une mince affaire. Abdelali Mamoun annonce que la meilleure des solutions à laquelle le gouvernement français peut prétendre, c’est de « virer les imams qui sont incompétents. » Pour lui, le courant wahhabite — la mouvance Saoudienne — n’est pas conforme à la culture française et occidentale, et à ses principes de liberté, de laïcité et de démocratie.

Wahhabisme plutôt que salafisme

 

Selon l’imam, même l’Arabie saoudite serait dépassée… « Aujourd’hui, les autorités saoudiennes commencent à comprendre que cette mouvance, qui est un lobby très puissant sur leur territoire, représente une menace sur son territoire aussi bien politique qu’économique. Et, en parallèle, une propagande salafiste soutenue par cet Etat menace l’intégrité de l’Occident et de la France en particulier. » Mais il est cependant « difficile de faire un lien direct entre salafisme et terrorisme », nuance Abdelali Mamoun qui affirme même que « le gouvernement saoudien est de bonne foi. » Un discours qui tombe à point pour un Manuel Valls qui, d’un côté, déplore l’extrémisme et, de l’autre, commerce avec les Saoudiens.

Cette confusion entre salafisme et wahhabisme met cependant le doute dans l’esprit des Français qui ne connaissent pas forcément l’Islam. « A dire vrai plutôt que de les appeler salafistes, on ferait mieux de parler de wahhabites, car ces courants s’inscrivent dans la résurgence d’une pensée islamique moralisatrice émanant de l’université de Médine en Arabie saoudite, fondée au début des années 60 », explique au Point l’islamologue Rachid Benzine, codirecteur de la collection Islam des lumières chez Albin Michel. Pour lui, « ces prédicateurs qui se présentent comme salafistes répondent à une forte attente de la jeunesse des banlieues. Celle-ci est en demande de cadres. Or, ils proposent une norme qui permet à des individus en quête de repères de s’approprier la tradition de manière simple, mais aussi de s’extirper, parfois, du chaos déstructurant des cités », explique Rachid Benzine. En d’autres termes, si l’on entend aujourd’hui les messages d’une infime parti de musulmans radicaux, c’est peut-être parce que la jeunesse n’entend plus ceux d’un gouvernement qui a décidé que, au-delà de l’économie et du chômage, « l’essentiel, c’est la bataille culturelle et identitaire. »

Yassine Bannani

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