« On a très peur que la situation se détériore. On sait qu’il y a à peu près 100 000 Rohingyas qui sont dans ces camps qui sont à risque d’inondation ou de glissement de terrain », explique Lucie Eches de l’ONG Save the Children. Alors que la mousson va bientôt pointer le bout de son nez, les exilés rohingyas parqués dans des camps sont de plus en plus inquiets. Notamment parce qu’ils sont logés sur des terrains boueux dans des abris faits de bambous et de plastique. « On pense que beaucoup ne résisteront pas à du vent ou à des fortes pluies », s’inquiète Save the Children.

Plus de 300 000 enfants apeurés

Il y a plusieurs semaines, les autorités birmanes ont annoncé, en concertation avec le Bangladesh, que les exilés rohingyas pourraient bientôt revenir dans leur Etat de l’Arakan. Tout en nuançant en affirmant qu’il faudrait vérifier l’identité de chaque exilé, alors même que les Rohingyas n’ont pas de droits civils en Birmanie.

Alors, dans les camps non loin de la frontière, les réfugiés tentent de survivre tant bien que mal. Ils seraient plus de 700 000, dont la moitié sont des enfants qui, selon l’ONG Save the Children, « n’ont pas d’espace pour jouer librement, pas d’accès à l’éducation et surtout ne se sentent pas en sécurité. » Les exilés ont en effet fait part à l’organisation humanitaire « de leur peur d’être kidnappés, de leur peur d’aller chercher de l’eau, d’aller aux toilettes, de leur envie d’aller à l’école et de retrouver surtout une vie normale. »

Des villages qui continuent à être rasés

Alors, si le processus de rapatriement devait bien débuter le 23 janvier, les Rohingyas refusent de remettre les pieds chez eux, tant qu’ils n’ont pas reçu de garanties de la part du gouvernement concernant leur sécurité. Pire, précisent les organisations humanitaires : des réfugiés continuent d’arriver du Myanmar, où les violences continuent : « On n’est plus face aux incendies systématiques de leurs habitations, viols, exécutions comme on l’a vu dans les mois précédents, indique-t-on du côté d’Amnesty International. Aujourd’hui on est plutôt sur des enlèvements de filles, de femmes, sur l’intimidation. Il y a privation de nourriture qui les pousse à fuir aujourd’hui. Et sur le chemin, quand ils essaient de traverser le Myanmar pour arriver au Bangladesh, ils sont victimes de vols systématiques de tous les biens qu’ils peuvent essayer d’emmener avec eux. »

A quel jeu jouent les autorités birmanes ? Après avoir assuré, sous la pression internationale, que les Rohingyas étaient les bienvenus chez eux, des villages sont détruits par dizaines. Pour reconstruire la région, explique le gouvernement. Or, des villages qui n’avaient pas été rasés sont eux aussi détruits. « Les autorités sont en train d’effacer leur passé, les signes de leur présence dans le nord d’Arakan », estime l’ONG Arakan Project. L’occasion également de supprimer les preuves d’un nettoyage ethnique avant d’accepter que des observateurs de l’ONU soient autorisés à venir constater les dégâts ?