A 51 ans et père d’une famille de sept enfants, Rizieq Shihab, l’influent religieux conservateur indonésien, se trouve au coeur d’un scandale : il aurait échangé des messages et des photos à caractère pornographique avec une activisite, Firza Husein, coordinatrice de la fondation Solidaritas Sahabat Cendana proche de la famille de l’ex-président Suharto. Même si les principaux suspects démentent, les autorités assurent de la véracité des images et des échanges, affirmant avoir vérifié que les messages sur WhatsApp se rapportaient à leurs numéros de téléphone respectifs. C’est peu dire que cette affaire de moeurs secoue la société indonésienne, qui a commencé à relayer des captures d’écran des fameux messages depuis quelques semaines déjà. Les uns dénoncent une basse manoeuvre politique, en réaction à la campagne lancée par Shihab contre l’ex-gouverneur chrétien de Djakarta d’origine chinoise, Basuki Tjahaja Purnama, accusé et condamné à deux ans de prison pour blasphème envers l’Islam. Les autres soulignent que cette affaire n’est que la confirmation de l’hypocrisie d’un personnage qui a abusé de son influence politique. Mais l’affaire se corse pour Rizieq Shihab quand on sait que ce dernier, au lieu de répondre de ces accusations, a préféré fuir – en famille – en Arabie Saoudite. Il se retrouve ainsi depuis la fin de la semaine dernière dans la liste des personnes les plus recherchées du pays pour avoir violé la loi anti-pornographie qu’il avait pourtant lui-même contribué à faire approuver et qui prévoit des peines allant jusqu’à 15 ans d’emprisonnement.

Hypocrisie du personnage ou manoeuvre politicienne ?

Et ce n’était pas le seul fait d’armes du fondateur du Front des Défenseurs de l’Islam depuis 1998. Rizieq Shihab a bâti sa réputation de religieux intègre voire intégriste en prenant la tête de combats contre la mixité, la prostitution ou la vente d’alcool. Il avait même réussi à faire annuler un concert de Lady Gaga, arguant de ce que ses chorégraphies étaient « pornographiques », et militer contre l’organisation d’un concours de Miss Monde en Indonésie. Son cas semble s’aggraver d’autant plus qu’il reste muet aux injonctions de la communauté religieuse musulmane, qui le prie de rentrer au pays pour rendre des comptes. « Donne le bon exemple et rentre à la maison », implore ainsi le grand imam de la mosquée Istiqlal de Djakarta, Nasarudin Umar, qui ajoute qu’en « revenant et en se mettant à la disposition de la justice, il démontrerait qu’il est un bon citoyen », selon les propos recueillis par le Jakarta Post. Pas sûr que Rizieq Shihab succombe à la supplication : ce « citoyen modèle » est sous le coup de six autres procédures judiciaires, de la diffamation de l’Etat indonésien et de son premier président Soekarno à l’offense au christianisme.