Mise à jour, le mercredi 18 janvier :  L’audience a été renvoyée au 15 février 2017, indique l’association qui gère la mosquée de Montfermeil, qui se félicite de pouvoir « prier 4 semaines supplémentaires. »

Ce mercredi 18 janvier, le tribunal de grande instance de Bobigny statuera sur la fermeture de la mosquée de Montfermeil. Après près de six ans d’une bataille sans merci lancée par le patron de la ville, Xavier Lemoine, la mairie est en passe de remporter une victoire. Quitte à laisser une large partie de sa population sans lieu de culte. Pour Farid Kachour, vice-président de l’Association cultuelle des musulmans de Montfermeil et secrétaire général de la mosquée de la commune, le constat est amer. Car le dialogue semble impossible entre les responsables musulmans et le maire. « Xavier Lemoine ne nous répond même pas », déplore Farid Kachour, qui a alerté le préfet et l’ex-ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve. Ce dernier avait promis l’ouverture d’une enquête. Mais les courriers du vice-président de l’association sont restés lettres mortes. De quoi inquiéter le responsable musulman, qui craint que, dès demain, l’« on ferme un lieu de prière alors que la loi de 1905 garantit à chaque Français la liberté de culte. » Et ce, malgré le soutien du CCIF et des signataires d’une pétition demandant la non-fermeture du lieu.

« C’est eux ou c’est nous. S’ils gagnent, nous sommes morts » (Xavier Lemoine)

Ce « parcours du combattant pour les musulmans », Farid Kachour le déplore. Comme il déplore et admet les erreurs commises par ses prédécesseurs à l’origine de la procédure engagée par la mairie. Lorsqu’il prend les rênes de l’association en janvier 2014 avec d’autres, le Montfermeillois constate les dégâts : une commission de sécurité, passée dans le pavillon transformé en mosquée, demande sa fermeture ; des extensions, notamment un escalier, ont également été bâties sans accord préalable de la municipalité. « Les membres de l’ancien bureau ont compris que, sans réponse de la mairie, cela leur donnait l’autorisation de travaux », tente d’expliquer Farid Kachour, qui décide alors de réparer les erreurs commises par les anciens de l’association et de « tout remettre en ordre autant que faire se peut. » Malgré la bonne volonté des nouveaux dirigeants associatifs, le maire n’en démord pas : il veut que le lieu de culte ferme. S’il ne tenait des propos ouvertement islamophobes, on pourrait penser qu’il s’agit là d’une simple volonté de la part de Xavier Lemoine, également vice-président du Parti chrétien-démocrate, d’appliquer la loi sur l’urbanisme. Sauf que, précise Farid Kachour, « aujourd’hui, tout est quasiment réglé : la commission a levé son avis défavorable. Quant à l’escalier qui a été construit pour que les femmes puissent accéder à leur salle de prière… ce n’est qu’un escalier ! » Le maire de Montfermeil demande, outre la destruction de cet escalier, que cesse la réception du public. Avec des arrières-pensées troublantes… Dans le quotidien israélien Haaretz, comme le rappelle le CCIF, il avait expliqué il y a dix ans qu’il y avait, dans une France et une Europe « en danger », une « guerre entre l’Islam et la culture occidentale. La France et toute l’Europe sont en danger. Si nous refusons de voir l’étendue de la menace musulmane, nous sommes gravement en péril. » Avant de conclure : « C’est eux ou c’est nous. S’ils gagnent, nous sommes morts. »

Les musulmans de Montfermeil à la rue et avec une mosquée inachevée ?

Des propos que Farid Kachour n’a toujours pas digérés. « Il nous voit comme des envahisseurs », regrette le responsable. Mais lui, à la différence de Xavier Lemoine, refuse de mener une guerre de religions dans sa commune. Et accuse l’Etat qui, à l’arrivée des premiers migrants, aurait dû anticiper cette question de l’exercice du culte. « Avant, nous devions prier dans des caves, dans des arrières-cours de boutiques. Avoir un lieu décent où prier est légitime. Je suis né à Montfermeil, c’est comme ça », lâche-t-il, excédé par le vice-président du Parti chrétien-démocrate qui « veut monter les habitants de la commune les uns contre les autres. » Mais « il n’y a pas de conflit », préfère affirmer Farid Kachour, qui se définit comme un « républicain, citoyen et musulman de Montfermeil. » La communauté musulmane reste unie dans l’adversité. Mais la décision du tribunal pourrait gâcher les efforts de l’association, qui a entrepris la construction d’une nouvelle mosquée. « Si le pavillon doit fermer, où ferons-nous nos appels aux dons pour finir de construire la mosquée ? », demande Farid Kachour, qui déplore également le timing du maire, qui « nous a laissé lever 2,8 millions d’euros et qui vient nous couper les jambes alors qu’il aurait pu intenter son action en justice bien avant. » En effet, le maire semble prendre un malin plaisir à mettre des bâtons dans les roues de l’association musulmane de sa ville. Et il ne fait pas semblant ! En 2014, lorsque l’organisation décide d’acquérir un terrain de 2 000 mètres carrés, elle n’obtient aucune aide de la mairie et paie donc le prix du marché : 650 000 euros. En juin 2015, alors que va être posée la première pierre du futur lieu de culte, de nombreux élus sont présents… mais pas Xavier Lemoine. La mosquée est aujourd’hui à moitié construite. « On pensait avoir à notre disposition pour prier le 65, avenue Jean Jaurès, le temps de la construction de la mosquée », se désole Farid Kachour, qui « refuse d’aller mendier dans la rue. » Le responsable dénonce la perversité de la situation : « On risque de se retrouver avec notre lieu de culte fermé et une mosquée inachevée. » Le maire de Montfermeil aura peut-être réussi son terrible pari, celui d’empêcher tout projet de lieu de culte musulman sur son territoire.

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