Selon une lettre que nous nous sommes procurée, la mosquée de Paris veut rompre tout lien avec son principal certificateur, la SFCVH.

La Société française de contrôle de viande halal et la Grande mosquée de Paris divorcent. Cette dernière reproche à la SFCVH de « lourdes fautes. »

Dans un courrier que Info Halal a réussi à se procurer, Dalil Boubakeur, le recteur de la mosquée de Paris, rappelle qu’il est « le seul et unique détenteur, et responsable de la certification du logo Halal » en sa qualité de recteur de l’Institut musulman de la mosquée de Paris et président de la Société des Habous et des Lieux Saints de l’Islam. Dalil Boubakeur indique que « toute utilisation malveillante (…) du logo est illégale. » Mais l’homme joint, à son courrier, un exemple de contrefaçon du logo… Comme exemple, il indique que le logo de la Société française de contrôle de viande halal (SFCVH) est « frauduleux », insinuant que cette dernière n’est plus en conformité avec la loi islamique. « Cette société est passée du mandat de contrôle au mandat d’agrément, ce qui peut avoir des conséquences néfastes pour le consommateur », peut-on notamment lire.

« Des fautes commises volontairement »

Dans un second courrier envoyé aux industriels certifiés par la SFCVH, Cheikh Al Sid Cheikh, responsable du service certification de la mosquée de Paris est plus explicite : « Un audit interne, durant le second semestre 2014, nous a permis de constater un manquement réel de la Société Française de Contrôle de Viande Halal quant à l’exécution des termes de ne conditions préalablement acceptées par celle-ci du contrat enregistré (…) le 15 mai 2014. » De quels manquement parle Al Sid Cheikh ? S’il évoque des « éléments probants », il estime qu’il est « inutile » d’évoquer ces derniers dans l’immédiat. Le recteur parle ensuite de « maladresse » du gérant de la SFCVH et de « lourdes fautes commises volontairement. » « Une coopération (…) avec la Société française de contrôle de viande halal est donc désormais inenvisageable », conclut le courrier, qui propose à l’industriel de « suspendre » sa redevance versée à la SFCVH.

Des marques connues estampillées SFCVH


Plusieurs marques, françaises et belges, ont fait appel à la SFCVH pour certifier leurs produits. Parmi ces entreprises, des industriels spécialistes de la volaille, de la viande ou des plats préparés. Certaines marques comme AriSlach, Flandrex, Samia ou Shems sont notamment estampillées par l’ex-certificateur de la mosquée de Paris. Carrefour fait également appel à la Société française de contrôle de viande halal pour ses produits élaborés surgelés à base de viandes et de volailles, tout comme Maggi pour ses surgelés, ses soupes et bouillons. Fleury Michon est également lié à la SFCVH pour sa charcuterie de volaille et ses plats cuisinés en barquettes.

Quelles conséquences cela implique-t-il ? La SFCVH, c’est 1,230 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2014, avec un résultat net de 260 100 euros. L’activité de la société devrait en prendre un coup. Mais déjà, plusieurs clients avaient fui le certificateur après plusieurs scandales : Quick et Zakia, la marque halal de Findus, en 2012 notamment. Deux ans plus tôt, Bernard Godard, chargé de mission au bureau central des cultes du ministère de I’Intérieur, expliquait que les mosquées de Paris et d'Evry « réalisent des audits. On n'est donc pas dans une vérification systématique. Des produits non halal peuvent entrer dans la composition des produits. SFCVH-Mosquée de Paris regroupe une dizaine de personnes sous contrat avec des fournisseurs pour la cession de documents de certification, qui peuvent être signés par des non-musulmans. Ces certifications ne sont donc pas très sérieuses. Celle de Lyon l'est davantage. »

Au cœur de plusieurs « halalgates »

Dans le collimateur des autorités et de la communauté musulmane — Al-Kanz dénonce régulièrement les manquements du certificateurs sur son site —, la Société française de contrôle de viande halal pourrait donc agir sans être partenaire d’une quelconque mosquée. La mosquée de Paris, elle, chercherait actuellement un nouveau prestataire. Autorisée depuis 1994 à certifier les aliments halal, la mosquée parisienne a été au cœur, avec la SFCVH, de nombreux scandales, comme celui des saucisses Knacki ou des lasagnes Findus. Des « halalgates » qui n’ont jamais remis en cause le partenariat SFCVH-Mosquée de Paris. Il est donc légitime de se demander aujourd’hui quelle est la raison du divorce entre la mosquée parisienne et son certificateur.

mosquée de paris et smcvh

Les lettres de la mosquée de Paris envoyées aux industriels.

Pierre Z. Lajarge

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