Pour notre chroniqueur, si les violences contre les musulmans s'amplifient, ce sera de la faut des médias et des politiques, qui ont attisé la haine.

Après les violences en Corse et le débat passionné sur le burkini, il faut aujourd’hui s’attendre au pire : oui, les musulmans vont devoir vivre avec la peur dans les mois à venir.

Ce dimanche corse restera comme l’un des plus sombres de cet été 2016. Sept mois après avoir crié « Arabi fora » — « les Arabes, dehors » — et « Il faut les tuer », des manifestants corses ont scandé, hier, « Aux armes, on va monter parce qu’on chez nous ! », avant de se diriger vers un quartier de Bastia dans lequel les musulmans sont majoritaires. Une escalade de la violence qui fait craindre le pire. Si certains craignent — très justement — le retour des ratonnades, c’est avant tout le résultats de plusieurs années d’acharnement médiatique contre les musulmans. Comme Zola en son temps, il serait aujourd’hui temps pour les intellectuels contemporains d’accuser les médias d’avoir pratiqué une « ratonnade médiatique. » Parler d’islamophobie est en effet presque un euphémisme. En opposant les Corses « de souche » aux Corse d’origine maghrébine, pourtant nés sur l’île pour la plupart, la presse est aujourd’hui complice de ce qui se déroule actuellement sur l’île de beauté et qui pourrait s’étendre au continent.

Laïcards et politiques complices de la « ratonnade médiatique »

L’islamophobie s’est muée en « ratonnade médiatique » après chaque attentat. Soutenus par des politiques qui n’ont plus peur de dire tout haut ce qu’ils pensaient tout bas auparavant — Sarkozy, Morano, Estrosi et consorts —, les médias se sont acharnés sur les musulmans de France en les ramenant sans cesse à leurs croyances, en les réduisant à leurs origines, en leur rappelant qu’ils avaient des devoirs plus que des droits. S’en est suivie, sur les réseaux sociaux, une campagne de stigmatisation jamais observée auparavant : on a expressément demandé à des musulmans de rentrer chez eux alors qu’ils sont français, de s’excuser pour des crimes commis par des fous, on n’a cessé d’opposer l’Occident et l’Islam, dont les valeurs ne seraient pas compatibles. Et depuis des années, la presse n’a jamais manqué l’occasion d’opposer République et Islam, comme si un musulman français voulait impérativement imposer la charia sur le sol français.

Cette presse qui a lancé des « ratonnades médiatiques » — Le Point écrivant sur « Cet Islam sans gêne », L’Express pointant « Le danger communautariste » ou Valeurs Actuelles dénonçant « L’invasion des mosquées » — est donc complice des événements en Corse, où les violences pourraient bien s’amplifier dans les jours à venir. Manuel Valls et son gouvernement, obnubilés par l’Islam au lieu de s’intéresser aux problèmes des Français, le sont tout autant. Comme les philosophes, sociologues et autres membres du Printemps républicain qui n’ont eu de cesse de s’acharner contre les musulmans au nom d’une laïcité dévoyée et décidément à deux vitesses. Une laïcité dont la seule utilité a été de masquer une haine du musulman et de l’Arabe. Une laïcité qui, ainsi utilisée, est un véritable instrument de nuisance de l’Islam.

Une chasse au musulman qui rappelle 1940

C’est donc logiquement que, de la ratonnade médiatique, nous risquons de nous diriger petit à petit vers des ratonnades physiques. En Corse, où même des préfets peuvent finir assassinés sous les balles, nul doute que rien ne pourra endiguer la violence. Et ensuite, alors ? A Lyon, le préfet du Rhône a dénoncé les « actes ignobles » contre les musulmans, qui « rappellent, ni plus ni moins, les méthodes qui conduisirent les nazis à la Nuit de Cristal. » Oui, la chasse au musulman rappelle inexorablement la chasse au juif des années 1940. Le nier serait de l’inconscience. Lorsqu’un membre des Républicains demande la déportation des femmes voilées, quand Nadine Morano dénonce « l’islamisation de la France », quand Manuel Valls viole la loi de 1905 pour indiquer qu’il est interdit de porter un signe religieux dans une entreprise privée, sans qu’aucun d’eux ne soit inquiété par la justice, force est de constater que la violence des actes pourrait bien très rapidement prendre la succession de celle des mots.

Karim Idrissy

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