Plusieurs milliers de membres de la communauté chinoise ont organisé une marche de protestation hier en réaction au meurtre, le mois dernier, d’un des leurs. Un crime qui reflète la montée en flèche des actes et propos racistes qui visent cette frange de la population.

Leurs tee-shirts sont floqués du même slogan : « Sécurité pour tous ». Sous les drapeaux bleu blanc rouge, des milliers de Chinois et de Français d’origine chinoise se sont donnés rendez-vous place de la République. Réputée discrète voire invisible, la communauté asiatique entend exprimer son ras-le-bol des crimes racistes dont elle est l’une des cibles montantes. Une première manifestation ayant réuni un millier de personnes avait été organisée il y a deux semaines à Aubervilliers. Là où Chaolin Zhang a trouvé la mort.

Ce couturier chinois de 49 ans a été agressé le 7 août dernier dans cette ville de la banlieue nord parisienne par trois adolescents, qui tentaient de lui dérober un sac appartenant à l’un de ses amis. Il a succombé quelques jours plus tard à ses blessures. Sa photo, imprimée sur une bannière géante par les manifestants de dimanche, est légendée d’un « Chaolin Zhang, mort pour rien. A qui le tour ? » Excédée par les attaques dont elle est régulièrement victime et qui ne cessent de croître, la communauté chinoise exprime clairement ses revendications sécuritaires : plus de protection policière, plus de caméras de surveillance.

A quand la reconnaissance de la sinophobie ?

Et, surtout, la reconnaissance d’un racisme anti-asiatique diffus. « Il y a des insultes : « sale chinetoque », « jaune », tout ce que vous voulez. Les femmes, en particulier, sortent avec la peur au ventre », témoigne ainsi Benoît Tan, médecin urgentiste de 62 ans, Français d’origine vietnamienne, au micro de France Culture. Ce militant associatif confie avoir été attaqué quatre fois en trois ans dans sa ville d’Aubervilliers. Son épouse a quant à elle été gravement blessée en 2008. Dans l’indifférence la plus totale. Le médecin dit penser sérieusement à déménager et préfère laisser son portable – pourtant outil professionnel – à la maison.

Des agressions qui ne sont que trop rarement médiatisées, comparativement à celles frappant d’autres communautés ethniques ou religieuses. « C’est un sentiment d’injustice par rapport à d’autres communautés pour lesquelles les associations anti-racistes et les politiques, jusqu’au plus haut sommet de l’État, réagissent très vite », souligne Sun-Lay Tan, 38 ans. Il a d’ailleurs fallu l’organisation de la marche pour faire réagir – enfin – les politiques. A commencer par Valérie Pécresse, la présidente du conseil régional d’Île-de-France, qui s’est jointe au cortège. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a pour sa part annoncé dimanche qu’il s’engageait à renforcer la présence policière à Aubervilliers et à contribuer au financement des caméras de surveillance, tel que réclamé par les manifestants. Des revendications qui procèdent des préjugés tenaces qui collent à la communauté, et que résume Sun-Lay Tan en quelques phrases : « Tiens, c’est un Asiatique, un Chinois, il doit être riche, avoir de l’argent. On va le tabasser ».

Mehdi Chaouali

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