Le racisme ne commence pas par des mots, mais par des faits, dans un système injuste, selon le collectif Le Seum, qui refuse de participer à la campagne du gouvernement.

Un collectif indépendant dans un long plaidoyer sur Twitter à la campagne antiracisme du gouvernement. Des tweets qui se lisent comme un texte et qui visent juste.

Non, Manuel Valls, le racisme ne commence pas par des mots. C’est le message envoyé par le collectif Le Seum, qui se définit comme « un rassemblement de personnes subissant au moins une oppression systémique, que celle-ci soit liée au genre, à la race, à l’origine et à la position sociale, à la religion, à l’orientation sexuelle ou tout cela à la fois » et qui dit ne pas se reconnaître dans les appareils politiques institutionnels comme SOS racisme ou Osez le féminisme. Un collectif qui a donc le seum — comprenez que ses membres sont en colère — contre un tas de choses. Et contre le gouvernement.

Le racisme ne commence pas par les mots, mais par les maux

Car le slogan de la campagne lancée par le gouvernement, intitulée « Tous unis contre la haine », a légèrement irrité Le Seum. Le collectif rappelle qu’en réalité, le racisme commence par bien d’autres choses que par des mots. « Par une distribution raciste des ressources », par exemple, indique le rassemblement de militants qui assure que 40 % des ménages immigrés sont pauvres contre 13 % pour la moyenne. Mais ce n’est pas tout : le racisme, « ça se poursuit avec l’orientation précoce des enfants racisés dans les filières peu valorisées. » Le Seum s’appuie notamment sur les résultats d’une étude de l’INED sur le racisme et sa perception par les victimes de racisme.

Côté travail aussi, le racisme vient souvent avant les premiers mots que l’on prononce en entretien d’embauche : « Ça continue avec 5 millions d’emplois publics interdits d’accès aux étrangers, pas aux descendants d’immigré, et hors Européens, bien sûr », mais c’est aussi « un taux de chômage à 8 % de la population… et le double pour les immigrés et leurs descendants. » Le collectif rappelle que « 3 ans après la fin des études, 25 % des descendants d’immigrés subsahariens sont en temps partiel contre 14 % des autres » et qu’il y a un « racisme structurel », qui se caractérise pas « plus de chômage, de temps partiel et moins de CDI pour les racisés. »

Racisme, islamophobie, négrophobie, antisémitisme… Ce ne sont pas des mots mais des systèmes

Au terme d’une série de tweets qui déroulent un grand nombre de données disponibles sur le racisme, Le Seum se fait un peu plus virulent : « Est ce qu’on devrait se laisser expliquer le racisme structurel par ceux-là mêmes qui le produisent et y participent ? Non », dit-il. Pour le collectif, « si Manuel Valls veut en apprendre plus sur le racisme, il peut déjà rendre l’histoire qu’il participe à confisquer. » Et vlan ! Le Premier ministre parle des mots, mais ces derniers « viennent après, ils sont prononcés pour justifier la hiérarchisation raciale et la violence (surtout celle de l’Etat, mais pas que) », conclut Le Seum, pour qui « les ‘mots’, les insultes, les violences ne sont pas le racisme. Ils en sont l’expression et les garants de sa reproduction. »

Yassine Bannani

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