La mort de Zineb Redouane, une octogénaire de Marseille, tuée par un tir de grenade lacrymogène en 2018, continue à susciter une vive émotion à Marseille. Trois années après cette mort tragique, le CRS ​à l’origine du lanc​é s’en tire sans sanctions. 

L’affaire Zineb Redouane continue ​à provoquer beaucoup d’émoi dans la société française, et est érigée comme un des symboles de la lutte anti-violences policières. Depuis quelques années déjà, des cas d’usage illégal de la force par les forces de l’ordre ont été rapportés et médiatisés. Mauvais traitements, décès pendant des interpellations, ou encore répression violente pendant des manifestations témoignent d’un usage excessif de la force contre la population en France. 

Les violences policières se sont imposées dans le débat public et politique. Devenues de plus en plus fréquentes et visibles, elles sont la manifestation d’une escalade de la violence et d’un passage à une stratégie offensive de la part de la police. Bien que dénoncées, elles continuent à évoluer au sein des forces de l’ordre et faire des victimes. L’affaire Zineb Redouane en est un triste exemple. 

Retour sur les faits

Le 1er décembre 2018, en plein acte trois des manifestations des gilets jaunes ​à Marseille, Zineb Redouane trouve la mort. Au téléphone avec sa fille, elle tentait de fermer les volets de l’une des fenêtres de sa maison, lorsqu’elle est touchée au visage par une grenade lacrymogène. Elle s’effondre immédiatement et respire le gaz, qui se diffuse rapidement dans son appartement. L’octogénaire décède à l’hôpital, juste avant son opération. L’expertise médicale sur le dossier a conclu à une mort accidentelle et un choc opératoire, suite à l’injection d’un produit anesthésiant.

Ce n’est qu’après trois années, que l’auteur du tir, un CRS, a été identifié par l’Inspection générale de la police nationale. L’IGPN poursuit l’enquête, pour faire la lumière sur les faits. Dans son rapport final, réalisé par les enquêteurs de la ville de Marseille, l’Inspection estime que le tir était réglementaire. Cela dit, il y avait un risque et que c’était « une action manifestement disproportionnée ». L’auteur du tir et son superviseur ont fait preuve d’un « manque de discernement ». La direction de l’IGPN préconise la convocation d’un conseil de discipline. 

Impunité

Frédéric Veaux, le directeur général de la police nationale a décidé de passer outre les recommandations de l’IGPN. Le CRS mis en cause ne sera pas envoyé en conseil de discipline. En d’autres termes, le patron de la police a classé l’affaire, sans prendre la moindre sanction contre le CRS impliqué ni son superviseur. Les deux concernés ont été envoyés en stage de formation, pour « se faire rappeler les consignes ».

La direction générale de la police nationale a dès lors manifesté son désaccord avec l’IGPN, estimant qu’il n’y a rien dans le dossier relevant d’une faute grave, pour convoquer un conseil de discipline. La famille de Zineb Redouane estime que le tir était intentionnel et préventif, et que cela est déjà arrivé par le passé, pour empêcher les manifestants de jeter des projectiles sur les forces de police. 

Le combat continue

Pour lutter contre l’impunité aggravée, pour continuer à faire vivre le souvenir de Zineb Redouane, et de tous ceux qui sont tombés à cause des violences policières, un appel national a été lancé. Un week-end d’échanges et d’actions sera organisé les 2,3 et 4 décembre 2021 à Marseille. Un rassemblement ainsi que des tables rondes et ateliers sont prévus à cette occasion. 

Les familles des victimes, et aussi les associations de défense des droits humains, poursuivent leur engagement contre les brutalités policières. L’affaire Zineb Redouane n’est, malheureusement, qu’un exemple, parmi tant d’autres.

Parmi les figures de cette lutte pour la justice et l’égalité, on peut citer Assa Traoré, fondatrice du Comité vérité et justice pour Adama, son frère, mort à la suite de son interpellation par les gendarmes. Elle œuvre pour les opprimés, contre les violences policières et les discriminations raciales. Elle a réussi à susciter l’implication de plusieurs franges de la société française. Le combat pour Zineb Redouane, et pour Adama Traoré est un combat pour la vérité, la justice et la liberté, des valeurs que la France véhiculait autrefois.