Les ministres israélien et marocain des Affaires étrangères ont signé des accords ces deux derniers jours. Le royaume chérifien se rapproche d’Israël, au grand dam de BDS Maroc.

Lors de son voyage de deux jours au Maroc, le ministre israélien des Affaires étrangères Yaïr Lapid et son homologue marocain Nasser Bourita ont signé trois accords de coopération. L’un d’eux prévoit une « coopération dans les domaines de la culture, de la jeunesse et des sports ». Les deux pays, « convaincus qu’une coopération bilatérale efficiente dans les domaines de la culture, de la jeunesse et des sports contribuera au renforcement de leurs relations et au développement de liens mutuellement bénéfiques », ont décidé de développer la coopération bilatérale en la matière. Une mauvaise nouvelle pour BDS, le mouvement international de boycott, qui milite justement pour des opérations de boycott dans ces domaines ?

Une normalisation sans « légitimité populaire »

En juin dernier, BDS Maroc s’était prononcé à propos de « l’adhésion du régime marocain au processus de normalisation et d’alliance avec l’ennemi sioniste » qui, selon le mouvement, « n’était ni surprenant ni étrange ». Mais BDS s’étonne du fossé qui sépare les dirigeants marocains et le peuple : les relations développés entre Rabat et Tel-Aviv ces dernières années — car celles-ci existaient avant la normalisation officielle — ont toujours manqué de « légitimité populaire », assure BDS qui ajoute que « le peuple marocain, qui a toujours considéré Israël comme son ennemi (…) avait organisé les plus grandes manifestations historiques de soutien à la Palestine après les massacres répétés d’Israël à Gaza, et s’était toujours tenu avec la lutte du peuple palestinien ».

En effet, on a pu voir, lors de la dernière salve de bombardements aériens israéliens, que le peuple marocain était sorti dans la rue, malgré la crise sanitaire, pour apporter son soutien à la Palestine occupée. Un sondage réalisé en 2020 montrait d’ailleurs que 88 % des Marocains rejettent « la reconnaissance d’Israël par leur pays ». Mais la normalisation a pourtant eu lieu, et celle-ci est concrétisée par la visite du ministre israélien des Affaires étrangères à Rabat. Pour BDS Maroc, qui est né en 2010, c’est un coup dur. Car les actions contre Israël risquent bien d’être réprimées par le régime marocain. Exemple : le 14 décembre dernier, BDS Maroc avait co-organisé une manifestation de protestation contre la normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël. Les autorités marocaines avaient refusé la demande des organisateurs.

« La protestation monte et ne cessera pas »

Membre fondateur de BDS Maroc, Sion Assidon expliquait à OrientXXI, en janvier dernier, que la normalisation ne changerait rien au combat des Marocains pour la Palestine. « L’attachement des Marocains à la cause de la Palestine perdure. Alors, ceux qui rêvent de voir fleurir affaires et tourisme risquent d’être déçus », insistait-il. Pour Assidon, le régime marocain qui « interdit d’exprimer publiquement dans la rue le refus de cette ignominie » qu’est la normalisation va tenter d’interdire tout boycott de la part de BDS pour rassurer les 200 000 touristes qu’Israël voudrait envoyer dans le royaume. Le message du royaume, assure le fondateur de BDS Maroc, est : « ‘Venez ! ne vous inquiétez pas, nous maitrisons la situation’. Or la protestation monte aussi bien dans les grandes villes (Casablanca, Rabat, Tanger, Fès…) et les moins grandes (Taza Guercif, Taroudant, Tiznit, Khenifra,…), et elle ne cessera pas ».

Autrement dit, les Marocains continueront à s’opposer à la colonisation de la Palestine par l’Etat hébreu. Et ce ne sont pas des accords politiques et commerciaux, ni l’ouverture de bureaux de liaisons à Tel-Aviv et à Rabat par les deux Etats, qui changeront quoi que ce soit. Le ministre Bourita a rappelé à Yair Lapid que le Maroc prônait la solution à deux Etats. Le roi, a indiqué le chef de la diplomatie marocaine, « a souligné à maintes reprises la nécessité de rompre avec le statu quo et la situation de blocage pour reprendre les négociations, qui constituent l’unique voie pour parvenir à une solution définitive, durable et globale sur la base d’une solution à deux Etats ». Une position diplomatique et politique. Mais aujourd’hui, le Maroc aura bien du mal à dénoncer les exactions israéliennes. Pour cela, BDS Maroc veillera au grain…