La Cour supérieure du Québec a estimé que la Loi 21 sur la laïcité « entraine des conséquences disproportionnées pour les femmes musulmanes ».

Fin avril dernier, la Cour supérieure du Québec confirmait la loi sur la laïcité dite Loi 21. Ou en tout cas en partie. Parmi les points conservés après le passage devant la Cour supérieure, celui sur la restriction du port de signes religieux dans la fonction publique. Deux ans après son entrée en vigueur, et malgré les aménagements prévus par les différents tribunaux, la Loi 21 continue d’alimenter un gros débat de société. Avec une question phare : ce texte est-il discriminatoire, notamment envers les femmes musulmanes ?

Dans une chronique dans Le Journal de Montréal, l’éditorialiste Richard Martineau explique pourquoi il faut « reprendre le travail et expliquer une fois de plus pourquoi cette loi est tout sauf raciste, xénophobe et intolérante ». Pour construire son argumentaire, le journaliste va jusqu’à s’appuyer sur une déclaration faite par Mohammed Abdelkarim Alissa, secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, qui disait en 2020 : « Pour ce qui est des pays à forte diversité, seul le concept de laïcité peut les régir. Il n’y a pas véritablement d’autre choix, car elle est le garant de la neutralité des institutions tout comme elle garantit la liberté de culte pour toutes les religions. Celui qui vit dans un pays, quel qu’il soit, doit obligatoirement en respecter les lois ou quitter ce pays ».

Un billet étonnant lorsqu’on sait que même le juge Blanchard a reconnu le caractère discriminatoire de la Loi 21, notamment envers les femmes arborant le hijab ou le foulard. « La preuve révèle que cette politique d’exclusion, puisqu’on doit l’appeler ainsi, entraine des conséquences disproportionnées pour les femmes musulmanes », peut-on lire dans le jugement. La Cour supérieure du Québec a d’ailleurs décidé que l’interdiction du port du voile ne devait pas s’appliquer aux députés de l’Assemblée nationale du Québec. Seuls les enseignants, les policiers, les juges et les procureurs sont toujours concernés.

Certes, le gouvernement québécois a décidé de faire appel. En attendant, Martineau continue donc sa littérature pro-Loi 21 : « Le Canada et les Canadiens optent pour le multiculturalisme pour gérer le vivre ensemble et la diversité ? Grand bien leur fasse. Au Québec, nous optons pour l’interculturalisme et la laïcité », dit-il simplement, en conseillant à ceux qui désapprouveraient la Loi 21 de quitter le pays.

Le chroniqueur est d’ailleurs au centre d’une étude sociologique qui montre que ses textes, s’ils font tout pour nier le caractère islamophobe de la Loi 21, participent en réalité à cette discriminations dont sont victimes les femmes musulmanes. Ses chroniques « participent à l’islamophobie », dit simplement l’étude sociologique qui déplore également les prises de parole du sociologue Mathieu Bock-Côté, également dans Le Journal de Montréal, qui estime que la Cour supérieure « a décidé de soumettre le Québec au régime de la partition ethnique ».

Au Québec, et plus globalement au Canada, la question de la laïcité agite la population. Les derniers crimes islamophobes montrent que, derrière les discours, certains sont prêts à passer aux actes.