Alors que les Etats-Unis ont provisoirement arrêté de fournir des armes à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis, Paris ne fléchit pas malgré la pression des ONG.

A son arrivée à la Maison-Blanche, Joe Biden a multiplié les annonces. Parmi ces dernières, la décision de suspendre — provisoirement, certes — les ventes d’armes américaines à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis. Une « décision historique » et une « pause bienvenue dans un chapitre honteux de l’histoire », selon Amnesty International, qui écrit : « Après presque six ans de conflit au Yémen, alimenté par des transferts d’armes irresponsables, 14 millions de Yéménites ont désespérément besoin d’aide humanitaire. Cette décision est un exemple à suivre pour les pays européens qui continuent d’alimenter le conflit au Yémen, notamment le Royaume-Uni et la France ».

L’ONG fait donc pression sur la France. C’était le cas bien avant la décision de Biden, mais encore plus depuis. Paris « continue de vendre des armes à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis, pays engagés au Yémen. Et cela, alors même que les Etats-Unis, premiers fournisseurs de la coalition saoudienne, ont mis un terme à leurs transferts d’armes. Pourquoi pas la France ? », demande Amnesty.

Interrogée depuis plusieurs années sur l’utilisation d’armes françaises au Yémen pour tuer des civils, le gouvernement a toujours botté en touche. Paris affirme même à qui veut bien l’entendre qu’il honore ses engagements sur les ventes. « En ratifiant le Traité sur le commerce des armes (TCA), la France s’est engagée à ne pas autoriser de transferts d’armement s’il existe un risque important que ces armes soient utilisées pour commettre ou faciliter des violations graves des droits humains et du droit international humanitaire », affirme Amnesty International dans une pétition qui a déjà obtenu plus de 100 000 signatures.

Il faut dire que les experts en armement sont unanimes pour dire que des armes françaises sont utilisées contre les civils au Yémen. Sans preuves irréfutables, l’ONG demande à Paris de stopper sa politique d’armement vers les pays du Golfe. « Face à l’opacité des ventes d’armes autorisées par le seul pouvoir exécutif et l’absence de tout contrôle parlementaire véritable, personne n’est en mesure d’ assurer que la France respecte ses engagements internationaux », peut-on lire dans cette pétition, qui évoque également les ventes d’armes à l’Egypte.

En mais 2020, le ministère des Armées avait affirmé que la Commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériels de guerre (CIEEMG) « veille au respect des embargos et des mesures restrictives décidées par les États de l’Union européenne ». Or, les Emirats arabes unis violent l’embargo sur les armes des Nations unies et de l’Union européenne. Mais la France continue à vendre des armes à ce pays. Encore plus depuis que l’Allemagne a décidé de faire une pause, suivie par les Etats-Unis en janvier dernier. La France continuera-t-elle dans cette voie ? Ou la décision de Joe Biden fera-t-elle enfin prendre conscience à Paris que les ventes d’armes vers Ryad et Abu Dhabi sont plus que nocives ?