En début d’année, la situation avait choqué de l’autre côté de l’Atlantique. Le Premier ministre canadien François Legault participait à la troisième commémoration de l’attentat survenu à la grande mosquée de Québec. Il avait alors écrit un message de compassion à destination des proches des victimes. Un flot de messages islamophobes avait alors surgi, sans que le réseau social ne daigne faire quoi que ce soit.

Depuis, Facebook semble être en roue libre. Un responsable indien du réseau social a notamment traité les musulmans de dégénérés sans être inquiété, alors que l’entreprise américaine refuse de supprimer les pages et profils islamophobes de membres du parti indien au pouvoir.

L’islamophobie sur Facebook a, ces dernières années, explosé. Un rapport indiquait, fin 2019, que le nombre de propos islamophobes avait été multiplié par cinq entre le début et la fin de l’année sur les réseaux sociaux. « Depuis deux mois, il y a une explosion du nombre de commentaires anti-musulmans, explique le PDG du cabinet à l’origine de l’étude. Cela nourrit l’idée d’un sentiment islamophobe grandissant d’un point de vue factuel. D’expérience de modérateur, on n’avait pas vu autant de commentaires aussi ouvertement racistes. »

En Inde, cela est encore plus vrai. Mais surtout, Facebook participe, en laissant les posts antimusulmans pulluler sur sa plateforme, à la politique islamophobe du Premier ministre indien. Début août, deux personnes tuées et trois autres grièvement blessées après des émeutes entre la police et des milliers de personnes à Bangalore, dans le sud du pays. A l’origine de cette pagaille : une publication sur Facebook qui insultait le prophète de l’islam. C’est le neveu d’un élu local qui avait posté la publication.

Accusé de soutenir le BJP, le parti nationaliste hindou au pouvoir, Facebook semble réticent à supprimer les publications islamophobes. Sauf que, en Inde, les rumeurs sur les musulmans ont envahi les réseau. Via WhatsApp, les nationalistes participent à de véritables vendettas contre certains de leurs compatriotes musulmans.

L’opposition au BJP veut que le réseau de Mark Zuckerberg éclaircisse certains points. Elle demande une enquête approfondie sur la modération de Facebook en Inde. Une commission parlementaire auditionnera d’ailleurs, dans deux jours, les dirigeants de l’antenne indienne de Facebook.