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Quand la banlieue emmène les Bleus en finale de la Coupe du monde

Sur les 23 Bleus en Coupe du monde, 8 sont issus des banlieues. De Mbappé à Pogba, ils montrent la puissance de la banlieue dans le monde du football.

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« L’équipe de France, dans laquelle il y a un nombre considérable de joueurs de nationalités diverses, n’est pas vraiment l’équipe de France. Elle est l’équipe de France et de ses anciennes colonies africaines. » La phrase est signée Ali Motahari, député et vice-président du parlement iranien. Une erreur : des onze titulaires qui ont débuté le match hier soir contre la Belgique, seul le buteur, Samuel Umtiti, est né à l’étranger. Pour le reste, les joueurs sont tous nés en France. Le parlementaire iranien voulait certainement paraphraser Alain Finkielkraut qui, en 2005, déclarait que l’équipe de France était « ‘black-black-black’, ce qui en fait la risée de toute l’Europe. » L’Europe a beau rire, elle regardera la finale de la Coupe du monde avec l’équipe de France à la télévision.

Huit joueurs sur les vingt-trois portant le maillot de l’équipe de France en Russie ont débuté le foot en banlieue

Une blague lancée par la presse du Burkina Faso indique que l’équipe de France est la « sixième équipe africaine » du Mondial. Au moins seize joueurs d’origine africaine font partie du groupe. La moitié viennent de banlieue. « Les joueurs du Mondial pourraient être nos voisins, nos petits frères. Ils sont de notre univers, et ils représentent la France », affirme Mohamed Coulibaly, entraîneur à l’AAS Sarcelles, au New York Times, qui estime que, « trop souvent stigmatisée, la banlieue est un véritable vivier de footballeurs. » Ce que confirme Bastien Drut, docteur en économie : là où, en 1995, seuls 10 % des joueurs de première division étaient nés en Île-de-France, ils étaient 27 % en 2013. En 1995, ils étaient neuf joueurs nés en Seine-Saint-Denis ; ils étaient dix-neuf en 2013.

On est donc loin de l’image négative des banlieues, qui perdure pourtant dans l’imaginaire français. « Pour beaucoup en France, qui dit foot dit milieux populaires, et donc banlieues, et donc racaille », nuance Stéphane Beaud, professeur de sociologie à l’Université de Poitiers, au New York Times. Et pourtant : Mbappé de Bondy, Paul Pogba de Lagny-sur-Marne et Roissy-en-Brie ou encore Blaise Matuidi de Fontenay-sous-Bois… Les Bleus ont désormais une histoire particulière avec les banlieues. Huit joueurs sur les vingt-trois portant le maillot de l’équipe de France en Russie ont débuté le foot en banlieue. Mais pourquoi ces bons résultats ne changent rien à l’image de la banlieue ? Dès que ça va mal, les banlieues deviennent la cible à abattre.

« La Fédération aurait pu rapprocher nos banlieues de nos villages et créer une grosse fraternité »

En 2013, Djamel Sandjak, président de la Ligue Île-de-France, reprochait aux joueurs venus de banlieues de ne pas en faire assez. A Rue89, il disait également en vouloir à la Fédération française de football. En 1998, le modèle black-blanc-beur n’aura fonctionné qu’un temps. « La Fédération aurait pu s’appuyer là-dessus pour rapprocher nos banlieues de nos villages et créer une grosse fraternité. Ce n’est pas le choix qui a été fait. Pour moi, c’est un leurre. » Pour le patron du foot francilien, « l’équipe de France de foot est celle de la nation, pas de la FFF. » Cette finale est donc, pour les banlieusards, l’occasion de se réapproprier un symbole de notre pays : l’équipe de France de football, qui doit beaucoup à ces banlieues tant décriées.

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