Dans la nuit de samedi à dimanche, le prince héritier Mohammed Ben Salman a ordonné l’emprisonnement de plusieurs dignitaires du royaume pour des motifs liés à la corruption. Epargnant son propre père, lui-même impliqué dans les « Panama Papers » et une gigantesque évasion fiscale, il a mis sur pied un comité de lutte contre la corruption qui a immédiatement ciblé près de cinquante dignitaires de la famille royale et du gouvernement.

Etant donné le court délai entre la mise sur pied de cette commission et les arrestation des accusés — particulièrement le nombre de personnes arrêtées —, la corruption semble être un prétexte. En effet, le Prince Waleed Bin Talal avait menacé de retirer tout son argent du royaume et de le mettre en Europe si son ami Mohammed Bin Nayef, fils du défunt ministre de l’Intérieur, ne voyait pas son assignation à résidence levée. Ce dernier n’était autre que le rival direct de Mohammed Ben Salman dans l’accès au trône.

Ces arrestations illustrent la violente consolidation du pouvoir aux mains de Mohammed Ben Salman, avec la bénédiction de son père, afin de lui assurer une accession au trône sans encombres. Mais cette concentration au sein de cette seule branche de la famille royale ne sera pas du goût de tout le monde. D’autant que les personnes arrêtées ne risquent pas de rester en prison bien longtemps en l’absence de toute procédure judiciaire. Et même si Mohammed Ben Salman accède au trône pendant la neutralisation de ses opposants, ce qui adviendra par la suite risque de l’affaiblir sur le long terme.

Pour le moment le message envoyé à l’opinion publique est clair : le prince héritier est l’homme fort du royaume et il pourra accuser de traîtrise toute voix dissonante. L’arrestation du prince Mitaib Ben Abdullah, chef de la Garde nationale, n’est d’ailleurs pas le fruit du hasard. 

Parmi les autres personnes arrêtées figurent le commandant des forces navales saoudiennes, Abdallah Al Sultan, l’ancien directeur général de la compagnie aérienne nationale Saudi Airlines ou encore Bakr Ben Laden qui préside le groupe de BTP du même nom.