Hormis Erdogan, le président ciblé par la tentative de coup d'Etat samedi, cinq personnalités turques se sont distinguées. Revue d'effectif.

Tels happés par un polar, les Turcs ont vécu la nuit de vendredi à samedi rivés devant leurs écrans, suivant les rebondissements d’une tentative de coup d’Etat contre le président Erdogan finalement avortée. Si le président Erdogan en a été le personnage central, cinq autres acteurs ont joué un rôle-clé au cours de cet épisode aux conséquences encore indéfinissables.

Binali Yildirim, l’autre cible des putschistes

Ayant succédé en mai dernier à Ahmet Davutoglu, évincé par Recep Tayyip Erdogan pour sa réticence au projet de présidentialisation du pouvoir de ce dernier, le Premier ministre turc est un fidèle parmi les fidèles. Et ce, depuis les années 90 et l’époque où Erdogan commandait aux destinées d’Istanbul en tant que maire de la mégapole. Membre fondateur de l’AKP, Yildidim a assumé différentes responsabilités gouvernementales, comme ministre du Transport ou conseiller spécial, avant d’être propulsé Premier ministre par Erdogan.

Hulusi Akar, le pragmatique

Le général Hulusi Akar a été également pris en otage lors de la tentative de coup d’Etat. Il a été nommé chef d’état-major des armées lors d’un Conseil militaire suprême, en 2015, réunion au cours de laquelle les chefs de gouvernement et des forces armées statuent collégialement sur les promotions et les destitutions ausein de l’Armée. Or, le Conseil de cette année s’annonçait particulièrement délicat dans la mesure où de nombreux gradés étaient sur la sellette du fait de leur opposition aux gouvernants. Le grand mérite d’Akar est d’avoir su faire profil bas, notamment lors de la série de procès intentés contre de présumés putschistes potentiels entre 2007 et 2014, qui ont décimé l’organisation militaire. Considéré comme proche des islamistes – ou tout du moins, non opposant, Erdogan l’a choisi pour occuper la plus haute fonction dans l’Armée turque.

Fethullah Gülen, le frère ennemi

En exil volontaire depuis le coup d’Etat militaire de 1997 contre le pouvoir islamiste de Necmettin Erbakan, Gülen est à la tête d’une confrérie religieuse devenu puissante par la présence de nombreux fonctionnaires, entrepreneurs et moyens d’influence (écoles, médias, etc.). Allié d’Erdogan durant les dix premières années de son pouvoir, les partisans de Gülen ont infiltré le système judiciaire, la police et, semble-t-il, les forces armées. Celui qui, en allié, a aidé le président Erdogan à restreindre l’emprise politique de l’institution militaire a vu son statut évoluer vers celui d’opposant, accusé de fomenter un renversement. Conséquence : des milliers de juges, de policiers et de procureurs soupçonnés d’allégeance à Fethullah Gülen ont été démis de leurs fonctions, de même que des entreprises et des médias ont été saisis.

Kemal Kilicdaroglu, le gardien du temple kemaliste

Le chef du Parti Républicain du Peuple (CHP) fait partie des dénonciateurs du coup d’Etat avorté. Mais la position de Kilicdaroglu ne se veut pas un appui à Erdogan. Au contraire. Cette formation politique, héritière du parti unique fondé par Kemal Atatürk, n’a cessé de dénoncer le pouvoir de plus en plus universel exercé par le président actuel. Principal leader de l’opposition laïque depuis 2010, l’influence de Kemal Kilicdaroglu pêche par manque de véritable leadership, ce qui lui vaut de ne pas transformer ses idées en succès électoral. A son crédit néanmoins, il a su moderniser ce parti historique et le dérober de l’emprise du pouvoir militaire traditionnellement kemaliste. Réagissant vigoureusement au coup d’Etat militaire, il n’a pas hésité à le dénoncer pour son anti-constitutionnalité et rappelé son attachement à la démocratie et à la république.

Abdullah Gül, l’éclaireur

Ancien collaborateur d’Erbakan puis d’Erdogan, ce technocrate pur jus a été ministre des Affaires étrangères, en charge notamment des négociations sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne et du dossier chypriote. Gül se distingue pour avoir été le premier islamiste à accéder, en 2007, à la présidence de la Turquie, malgré les tentatives du Tribunal constitutionnel d’invalider le premier tour de l’élection. Sa présidence, alors plus honorifique que politique, a ouvert une voie royale à Erdogan, qui a bénéficié de l’application du suffrage universel direct pour la présidentielle. Abdullah Gül a aussi approuvé une réforme partielle de la Constitution limitant, entre autres, l’influence du pouvoir militaire dans la société civile. Tout comme Erdogan, via FaceTime, Gül a fermement condamné la tentative de coup d’Etat, soulignant que la Turquie n’était « ni un pays d’Amérique latine, ni d’Afrique ».

Sihem Bouzidi

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