Accusé d’avoir laissé les nationalistes agir impunément contre les Rohingyas en Birmanie, Facebook est confronté à la justice américaine.

Ce mercredi 22 septembre, le juge fédéral américain Zia Faruqui a ordonné à Facebook de transmettre les informations sur les comptes anti-Rohingyas, bloqués en 2018, aux enquêteurs qui travaillent sur le génocide des musulmans en Birmanie. Plus de 700 000 musulmans Rohingyas ont fui l’ouest du Myanmar depuis 2017, après une répression militaire qui comprenait des exécutions sommaires, la torture et le viol.

Le tribunal fédéral de Washington, dans une décision inédite, a ordonné à Facebook de remettre les enregistrements des comptes liés au génocide des Rohingya au Myanmar. Le juge Zia Faruqui a critiqué Facebook pour ne pas avoir transmis d’informations aux enquêteurs de la Cour interntionale de Justice (CIJ) cherchant à poursuivre le Myanmar pour le massacre des musulmans du pays depuis 2017. En effet, après avoir suspendu les comptes et pages des personnes responsables de diffuser le discours de haine islamophobe, un an en retard, Facebook s’était réfugié derrière la loi américaine de protection des données personnelles.

Un plaidoyer que Zia Faruqui a qualifié de « blague ». Le juge a déclaré que les messages supprimés par Facebook ne relèvent pas de la vie privée, et que le fait de ne pas les partager aggraverait « la tragédie qui a frappé les Rohingyas ». « Facebook qui assume le rôle de la protection de la vie privée est une ironie. Les sites d’information ont des sections entières consacrées à l’histoire sordide des scandales de confidentialité de Facebook », lit-on sur la décision de la cour.

Une nouvelle affaire embarrassante pour Facebook

Facebook a déclaré qu’il examinerait la décision et que la société aurait déjà fait des « divulgations volontaires » à une commission d’enquête des Nations unies. Le géant des réseaux sociaux n’a pas commenté son refus de remettre les données des comptes en question à la CIJ.

Pour rappel, c’était la Gambie qui a initié la procédure contre le régime militaire birman en 2019, pour sa passivité et possible implication dans le massacre des musulmans Rohingyas du Myanmar. Un an plus tôt, plusieurs enquêtes journalistiques (du New York Times et de Bloomberg notamment) ont montré que Facebook a directement participé à la diffusion des messages de haine antimusulmans et des appels au meurtre de Rohingyas. Facebook avait réagi en supprimant les comptes et pages responsables, sans se presser. Toutefois, la société de Mark Zuckerberg a gardé les détails en interne, les cachant aux enquêteurs de la CIJ, entre autres.

Du côté de l’ONU, en 2018, les enquêteurs d’une Commission spéciale du génocide des Rohingyas ont révélé que la passivité de Facebook avait joué un rôle clé dans l’alimentation de la violence contre les musulmans du Myanmar. Le juge Faruqui précise d’ailleurs : « Un chirurgien qui excise une tumeur ne se contente pas de la jeter à la poubelle. Il demande un rapport pour empêcher la propagation de la maladie ». La décision de la justice américaine a été saluée par les défenseurs des droits de l’homme et la communauté musulmane des Etats-Unis. Aussi, l’avocate des droits de l’homme travaillant pour Twitter, Shannon Raj Singh, a qualifié la décision de Faruqui de « capitale ».