Parce que la haine à l’encontre des musulmans ne frappe pas que les théologiens suisses et les prolétaires de nos banlieues, je me tiens aux côtés de Monsieur Othman Louanjli, dont je suis l’un des avocats et que je défendrai à Londres dans le cadre d’un procès financier. L’affaire est si scandaleuse que je demanderai à la LICRA de se constituer à nos côtés.

Othman Louanjli est un banquier privé français de 38 ans. Fils d’immigrés marocains pauvres, il a, par son travail et son talent, réussi une brillante carrière dans la finance. La finance internationale est un milieu cosmopolite par essence, dans lequel les origines, la religion ou la couleur de peau obèrent, en principe, peu les carrières. Pour Othman Louanjli comme pour les autres, seules comptent la compétence et l’efficacité. Très jeune, Othman Louanjli s’est ainsi vu confier d’importantes responsabilités au sein du bureau d’une grande banque privée suisse aux Emirats arabes unis.

Un banquier privé n’est pas un trader qui spécule sur les marchés, mais l’homme avisé chargé de gérer les actifs d’entrepreneurs et d’investisseurs. Si le trader évolue dans les limbes des bulles financières, le banquier privé doit gérer un patrimoine, souvent au cœur de l’économie réelle, dans l’hyper concret des usines que l’on construit et des immeubles que l’on achète.

Othman Louanjli a fait tout cela, heureux de pouvoir contribuer à la réalisation de « deals », au succès d’opérations de grande envergure. Il a fait tout cela, jusqu’à tomber dans un piège fomenté par des escrocs de haut vol. S’il était parfaitement conscient que le « big business » n’est pas un milieu d’enfants de chœur, il n’aurait cependant jamais pu imaginer se trouver aujourd’hui impliqué, bien malgré lui, dans un scandale de blanchiment d’argent à 100 millions d’euros.

Le personnage central de cette affaire est le richissime armateur néerlandais Edward Heerema, propriétaire de la société suisse Allseas et d’un des plus grands navires du monde : le Pioneering Spirit. L’« Esprit pionnier » n’est toutefois pas le nom de baptême de ce navire. Avant d’être renommé pour cause de polémique mondiale, le Pioneering Spirit s’appelait le « Pieter Schelte », en hommage à Pieter Schelte Heerema, père d’Edward Heerema.

Or, la plus remarquable contribution de Pieter Schelte Heerema à l’histoire du XXe siècle est d’avoir été officier dans la Waffen-SS. Cet engagement n’est pas un accident de jeunesse ou un fait de guerre, mais l’engagement idéologique profond d’un homme qui avait déjà la trentaine pendant le conflit (né en 1908) et était membre du parti nazi néerlandais depuis la fin des années trente. Il est d’ailleurs devenu membre de la Waffen-SS dès septembre 1940 et s’est notamment distingué par son antisémitisme fanatique (« La race juive est par rapport à la race germanique, un parasite »).

A l’issue du conflit, il a été condamné à trois ans de prison pour crimes de guerre. Comme beaucoup de nazis, il est ensuite parti quelques années en Amérique du Sud et son fils Edward est d’ailleurs né au Venezuela en 1947. De retour aux Pays-Bas en 1961, le nazi Heerema a fait fortune dans le développement de l’industrie offshore, bâtissant un empire dont son fils a pris la suite. Un fils qui a toujours revendiqué que son père était pour lui un « grand exemple »… On notera d’ailleurs que les initiales du navire, de Pieter Schelte à Pioneering Spirit, sont restées les mêmes…

C’est cet homme qui instrumentalise aujourd’hui la justice britannique, afin de faire condamner Othman Louanjli et son employeur, à lui rembourser les sommes qu’il aurait soi-disant perdues. Quelle meilleure manière de blanchir son argent que d’obtenir une décision de justice, qui vous le restitue orné du sceau de sa gracieuse majesté ?