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Société

Le Printemps Républicain : un cyberharcèlement qui n’en finit plus

Passant d’une cible à une autre, le Printemps Républicain disqualifie et discrédite de plus en plus de personnalités sur les réseaux sociaux. Un mouvement plus dangereux qu’il n’y paraît.

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Après Rokhaya Diallo, Yassine Belattar, Nassira El Moaddem, Marlène Schiappa, c’est sur la jeune chanteuse Mennel, récente candidate à « The Voice », que le Printemps Républicain a jeté son dévolu.

Initiateur de campagnes de diabolisation sur internet ou relayant celles déjà commencées par des sites comme Fdesouche — les deux clans se disputent régulièrement la primeur des infos —, le mouvement a su montrer ces derniers mois de quoi il était capable. 

Scrutant de près les propos de leurs cibles, fouillants dans leurs posts Facebook, exhumant de vieux tweets ou d’anciennes interviews, c’est une vraie police du web qui s’est mise en place. Sous couvert de laïcité et de liberté d’expression, le Printemps Républicain, semble surtout vouloir museler la parole de ses détracteurs.

Pour rappel, cet été, interpellé sur Twitter par un membre du Front National et par le Printemps Républicain, le Service civique avait fini par retirer l’offre de mission proposée par l’association féministe et musulmane Lallab. Le groupe était accusé d’avoir des relations avec les Frères Musulmans et de faire le jeu du communautarisme. Lallab avait clairement dénoncé ce « cyberharcèlement » et cette « campagne de diffamation sur les réseaux sociaux » menée par les « anti-laïques », c’est-à-dire le Printemps Républicain.

Puis en octobre l’organisation a ensuite fait pression pour faire annuler un colloque sur l’islamophobie à l’Université Lyon II, aidée par la Licra et le Comité Laïcité République. Le Printemps Républicain a contacté à plusieurs reprises la direction de l’université lyonnaise. Ils dénonçaient non seulement le sujet du colloque, mais aussi ses invités, des « personnalités islamistes », selon leurs propres critères. Alors que Laurent Bouvet, l’un des fondateurs du PR, dénonçait un colloque « de nature politique et non académique », il s’émouvait quelques mois plus tard de l’annulation, à l’université Lille 2, de la lecture de « Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes » de Charb. Un événement très politique et peu académique.

Un autre évènement universitaire a également été pointé du doigt par Laurent Bouvet et ses confrères : les ateliers en non-mixité de l’Université de Saint-Denis, en novembre dernier, organisés par le syndicat Sud Education 93. Oppression et racisme au sein de l’université ? Des sujets bien trop polémiques. Nassim Seddiki, secrétaire général du Printemps Républicain, relayé par Fdesouche, a lancé la polémique.

Très vite, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a alors déclaré ce stage « inconstitutionnel et inacceptable. » Il avait porté plainte — classée sans suite —, mais le local du syndicat avait alors été vandalisé suite à la polémique.

Organisations, associations, médias, personnalités… le Printemps Républicain vise large

Au-delà de ces pressions pour faire annuler des initiatives ou des évènements jugés pas assez républicains, ‘Le Printemps’ s’en prend également aux médias. Parmi eux, leurs cibles favorites : Mediapart, le Bondy Blog, Libération et leurs quelques journalistes un peu trop « islamogauchistes » à leur goût. « Plenel a des accointances avec les Frères musulmans, il joue un jeu politiquement dangereux en banalisant et en légitimant ces thèses », confiait Laurent Bouvet à 20minutes.fr.

Mais plus grave encore est le ciblage direct envers des personnalités, dont Rokhaya Diallo a fait les frais en décembre dernier. La jeune militante a été exclue du Conseil National du Numérique, huée pour avoir parlé de « racisme d’Etat » et pour avoir signé une pétition critiquant « l’union sacrée » autour de Charlie en 2011. 

Nassira El Moaddem, directrice du Bondy Blog a quant à elle été accusée d’antisémitisme par Laurent Bouvet. Son Facebook a été pris d’assaut en octobre, envahis par des messages à caractères violents, la traitant de « féminazie » et de journaliste « à qui on a envie de balancer une bonne paire de gifles ». Pour ces commentaires diffamants, la journaliste a porté plainte. Même chose pour Madjid Messaoudene, régulièrement taxé d’antisémitisme pour ses positions… pro-palestiniennes. L’élu de Saint-Denis a été victime d’attaques répétées de la part du Printemps Républicain.

Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité femmes-hommes est également dans le collimateur du Printemps Républicain, pour oser parler d’islamophobie. Les membres de l’organisation ont repris et diffusé un article écrit par la jeune femme en 2014. Dans celui-ci elle s’en prenait à l’interdiction faite aux femmes voilées d’accompagner les sorties scolaires de leurs enfants et estimait qu’interdire le voile à l’école est contraire à la loi de 1905. Des positions qui n’ont bien sûr pas plu au mouvement, non conformes à leur conception de la laïcité. Depuis, Laurent Bouvet est entré au Conseil des sages de Blanquer et semble s’être rabiboché avec la secrétaire d’Etat, dont il loue sur Twitter les déclarations, pendant que ses amis continuent leur travail de sape contre Marlène Schiappa.

« Le Printemps Républicain est, objectivement, un groupe tangent au racisme »

Ces divers exemples, relevés sur quelques mois seulement, montrent l’organisation bien rodée du Printemps Républicain, qui n’en demeure pas moins inquiétante. Avec des éléments de langage bien rodés : un musulman critique vis-à-vis de la France sera taxé d’« islamiste », « proche des Frères musulmans. » Des pseudo-arguments souvent ponctués d’une phrase censée couper court au débat : « Les mots ont un sens. »

Des tweets et posts de captures d’écran publiées par les leaders du mouvement suffisent à mettre le feu aux poudres. En quelques heures, les « retweets » et les « likes » de leur sphère déclenchent une polémique, qui sera alimentée pendant plusieurs jours. Des attaques humiliantes pour les personnes concernées et dont la portée peu parfois aller au-delà de la toile. 

Dans un article pour son blog sur Médiapart, Geoffroy de Lagasnerie, professeur à l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy, estime d’ailleurs qu’il est tant de mettre fin à ces campagnes de diabolisation « qui prennent pour cibles des Noirs et des Arabes », écrit-il. 

Pour lui, ce cyberharcèlement est une façon de « de les renvoyer à l’illégitimité et à l’invisibilité », alors même qu’ils ne font pas « allégeance à certaines idéologies ». 

En effet, parmi les personnalités ciblées, la majorité sont « de couleur ». Alors que Geoffroy de Lagasnerie dit avoir pris position sur le racisme d’Etat et Charlie Hebdo, il estime ne pas avoir été attaqué du fait de son identité et de sa position de « blanc ». D’ailleurs, il arrive parfois que les membres du Printemps Républicain montrent leur vrai visage comme lorsque Laurent Bouvet, mi-janvier, a estimé, en retweetant Waleed Al-husseini, que « le voile (…) est un symbole de l’islamisation de notre société » et qu’il est donc « dangereux ».

Le philosophe compare même le Printemps Républicain à une sorte de Ku Klux Klan, « qui entend maintenir une suprématie blanche dans l’espace public » et qui se permet de remplir « une fonction de police dans l’espace médiatique et politique ». 

Il pose enfin une question importante :  Comment devons-nous lutter contre le Printemps Républicain ? Pour le sociologue, la réponse est la suivante : « Il est certain que si nous voulons leur faire perdre leur efficacité nous devons au maximum les nommer, les disqualifier, les révéler pour ce qu’ils sont (…)  et commencer par dire que le Printemps Républicain est, objectivement, un groupe tangent au racisme. »

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