« Priez chez vous » à la place de « Venez à la prière »: dans plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, comme en Algérie ou au Koweït, les muezzins ont pris acte de la décision des autorités de fermer les mosquées et modifié leur appel à la prière.

 

En Tunisie, où des fidèles prient parfois devant des portes closes de mosquées, des muezzins ont même pleuré en prononçant ces mots inédits, selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

 

En Iran, un des principaux foyers de l’épidémie, l’intense débat entre science et religion a été relancé.

 

« Certains donnent la priorité aux rituels religieux, qu’ils placent au-dessus de tout, même de la science médicale », explique l’universitaire et théologien Mohsen Alviri, quand d’autres « pensent qu’on peut abandonner les prières obligatoires pour sauver la vie d’un être humain ».

 

Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, est toutefois intervenu assez rapidement pour soutenir le corps médical et les décisions prises par le gouvernement.

 

– Propager « c’est pêcher » –

 

Au lendemain d’un vendredi de prière où les fidèles se sont rendus massivement dans les mosquées, malgré l’apparition quotidienne de nouveaux cas de Covid-19, les autorités religieuses égyptiennes ont elles aussi ordonné la fermeture de toutes les mosquées et églises pour deux semaines.

 

Au Liban, où coexistent 18 communautés religieuses, les leaders religieux ont soutenu la déclaration d' »état d’urgence sanitaire » et les mesures de confinement.

 

Plusieurs églises diffusent leurs messes sur les réseaux sociaux. Embrassant une croix et récitant des prières, un prêtre a béni le pays en survolant Beyrouth à bord d’un hélicoptère.

 

« Le virus peut être vaincu si chacun prend ses responsabilités », a affirmé Hassan Nasrallah, le chef du mouvement chiite Hezbollah, soulignant que respecter les instructions des autorités sanitaires était un devoir religieux.

 

« La religion musulmane nous enjoint à la propreté », a déclaré pour sa part cheikh Majed Saqer, un responsable du ministère palestinien des Affaires religieuses. « Si un musulman transmet le virus, on considère qu’il a péché. »

 

En l’absence de prêches, des émissions enregistrées par des imams seront prochainement diffusées à la télévision et à la radio tunisiennes pour indiquer le comportement à adopter en tant que musulman, rappeler l’importance de la prière chez soi et la priorité à donner à sa santé.

 

En Irak aussi, des campagnes de sensibilisation ont été lancées par des autorités religieuses particulièrement influentes.

 

Le ministre de la Santé irakien s’est rendu auprès de l’ayatollah Hussein Ismaïl al-Sadr, avec une équipe de télévision, pour qu’il appelle les Irakiens à rester chez eux.