Ce mardi, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et l’Observatoire national contre l’islamophobie (ONCI), affilié au Conseil français du culte musulman, ont publié leurs chiffres concernant l’islamophobie. Malgré quelques nuances, les deux organismes se félicitent d’une  baisse des actes islamophobes l’année dernière. « D’une part, on observe un net recul numérique des actes islamophobes déclarés, auprès du CCIF comme des services de police ; de l’autre, on note l’émergence d’une politique sécuritaire affectant les musulman(e)s de manière disproportionnée », indique le CCIF qui affirme que les actes islamophobes enregistrés en 2016 ont baissé de près de 36 % par rapport à 2015. « Les femmes, voilées ou non, restent les principales visées par les actes islamophobes », tient tout de même à rappeler le collectif. Faut-il s’en réjouir ? A première vue, c’est une satisfaction. Mais le CCIF dénonce « un Etat de droit et un vivre-ensemble poussés à leurs limites, par des polémiques islamophobes et racistes récurrentes », rappelant certaines déclarations politiques islamophobes ou le retentissement de l’affaire du burkini. L’association indique cependant qu’elle continuera « son travail de terrain en développant, notamment, les antennes régionales sur tout le territoire, de mobilisation et d’accompagnement juridique des victimes. »

Un débat hypocrite

Des informations reprises ici et là dans la presse, comme pour expliquer que, en France, tout va mieux. Ne soyons pas négatifs, effectivement, il y a du mieux côté statistiques. Mais les attentats ont tout de même « créé un climat de suspicion », rappelle Lila Charef, responsable juridique du CCIF. « Qui dit baisse des actes islamophobes ne dit pas baisse de l’islamophobie », prévient même le collectif qui estime qu’« il y a  une évolution du fait islamophobe. » Or, dans la presse, on refuse toujours d’employer ce mot d’islamophobie. Comme Le Monde, qui se félicite de cette « baisse très sensible des actes antimusulmans en France en 2016. » Ou Franceinfo pour qui « les actes racistes, antisémites et antimusulmans ont baissé en France, mais pas les actes antichrétiens. » En niant ce terme, les médias désavouent les associations de lutte contre l’islamophobie. Yasser Louati, à propos de ceux qui nient le terme « islamophobie », expliquait en avril dernier qu’il s’agit d’« un débat hypocrite. Et les mêmes qui passent leur temps à débattre de sémantique sont ceux qui véhiculent et alimentent l’islamophobie. » Pour le militant des droits de l’Homme, « cela fait quinze ans qu’on débat sur ce terme sans avoir jamais combattu le phénomène de manière concrète. » Les chiffres le prouvent, car si les actes islamophobes ont bien enregistré une légère baisse, ils sont encore trop nombreux : 581 actes islamophobes — discriminations, attaques et agressions — ont été relevés en 2016.