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Le président tunisien souffle l’Islam et la laïcité

Lors d’un discours consacré à une réforme sur l’égalité successorale en Tunisie, le président Béji Caïd Essebsi a tenu à s’éloigner de la religion musulmane, pourtant inscrite dans la Constitution.

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En Tunisie, à Carthage, les années se suivent mais ne se ressemblent pas. Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, s’est imposé en 2014 comme l’alternative aux islamistes du parti Ennahdha. Dans un match en deux rounds, « BCE », comme on le surnomme, avait martelé qu’il était le modernisme face à l’archaïsme. Mais depuis trois ans et demi, le président s’est montré très prudent sur les sujets de société, se faisant souvent griller la priorité par des membres d’Ennahdha : en 2015, Rached Ghannouchi, leader du parti islamiste, proposait dans un livre d’entretiens sorti en France de dépénaliser l’homosexualité en Tunisie — elle est passible de prison — là où, en voyage en Egypte, BCE s’y opposait. C’était ensuite au tour de Lotfi Zitoun, figure importante d’Ennahdha, de prendre position contre la loi 52 sur les stupéfiants ou en encore en faveur des non-jeûneurs pendant le Ramadan.

Mais l’élection présidentielle de 2019 approche et Béji Caïd Essebsi, 91 ans, n’a pas écarté l’idée de briguer à nouveau son poste. Ce 13 août, à l’occasion de la Fête de la Femme et de la Famille, BCE a tenu à promouvoir sa réforme de l’égalité dans l’héritage déjà annoncée un an plus tôt. Et pour ce faire, le président n’a pas hésité à s’appuyer sur une version très personnelle de la Constitution tunisienne, adoptée en 2014. « La religion, le Coran et ses versets ne nous concernent pas », a notamment déclaré celui qui, lors de la campagne de 2014, parsemait tous ses discours de… versets du Coran. Béji Caïd Essebsi a assuré qu’il ne voulait agir « que dans le cadre de la Constitution, en dehors du Coran. Dire, dans ce contexte, que la Tunisie possède une référence religieuse est une grave erreur », ajoutant : « La Tunisie est un Etat civil et la seule référence est la constitution ! »

Une sortie pour le moins étonnante : la Constitution indique, dans son article 1er, que « la Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain, l’Islam est sa religion, l’arabe sa langue. » BCE semble avoir pris un tournant dans ses discours : en 2011, il déclarait pourtant à propos de la religion musulmane citée dans l’article de la Constitution : « C’est le premier article de la Constitution et ça ne changera pas. C’est cela la Tunisie. C’est la référence du peuple tunisien. » Aujourd’hui, le président tunisien fait une lecture différente de la Constitution qui indique notamment dans son préambule « l’attachement du peuple aux prescriptions et enseignements de l’Islam. » Béji Caïd Essebsi aura au moins eu le mérite de lancer un débat sur « l’appartenance arabo-musulmane du peuple tunisien », dont les journaux nationaux se sont emparé ces derniers jours.

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