La France a pris la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne le 1erjanvier 2022, pour une durée de six mois. Alors que l’Hexagone exerce une islamophobie d’État, de nombreux musulmans européens s’inquiètent de l’infiltration de ce discours dans l’élaboration des politiques de l’Union.

Treize années après sa dernière présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, la France exerce de nouveau la fonction. Le chef de l’État Emmanuel Macron a donné le ton pour cette mission de six mois. Relance, puissance, appartenance sont les axes stratégiques du mandat français.

La présidence française vise à construire une « Europe pleinement souveraine (…) S’il fallait résumer en une phrase cette présidence : nous devons passer d’une Europe de coopération à l’intérieur de nos frontières à une Europe puissante dans, pleinement souveraine, libre de ses choix et maître de son destin » a affirmé Emmanuel Macron. Des mesures plus strictes sont attendues concernant le contrôle des frontières internes et externes de l’Union européenne, en particulier une réforme de l’espace Schengen.

Si l’immigration, légale ou clandestine, a toujours constitué un fer de lance dans l’élaboration des politiques européennes, elle représente aujourd’hui une priorité de la présidence française. Mais tous les regards se tournent vers les discours antimusulmans, assumés en France à travers la mise en place de politiques discriminatoires. Les musulmans d’Europe craignent de voir une européanisation de la politique française antimusulmane. L’approche de l’élection présidentielle française, prévue en avril 2022, signifie que l’islam est à toutes les lèvres et stratégies électorales.

Le muslim-bashing n’est plus l’apanage de l’extrême droite, et s’inscrit, de manière alarmante, à l’agenda de tous les candidats au scrutin, et partis politiques. Étant donné que l’élection se déroule pendant la présidence française à l’échelle européenne, la crainte est maintenant que la France utilise cette fonction européenne pour faire pression, en faveur de mesures encore plus strictes en Europe. Pis encore, la panique musulmane en France, si elle est portée lors de cette présidence, pourrait trouver des appuis comme en Autriche, en Hongrie ou même au Danemark.

La discrimination, le racisme et la marginalisation des musulmans est en train de devenir le modèle standard pour de nombreux conservateurs traditionnels de l’Union européenne. L’islam est perçu comme une menace aux valeurs chrétiennes de l’Europe et aux traditions laïques nationales. Malgré les nobles discours européens sur l’égalité, la diversité et la non-discrimination, la réalité est que de plus en plus d’États de l’Union européenne, affichent une haine des musulmans. L’accueil en France de la campagne européenne contre la discrimination, axée sur le hijab a suscité un tollé et en dit long sur la position française à l’égard des musulmans.

Il est possible que la France porte un projet sur l’islam en Europe, au cours de cette présidence tournante. Mais des chantiers encore plus vastes et importants l’attendent. Ouvrir une telle porte à l’échelle européenne créera sans nul doute une nouvelle dynamique au sein de l’Union européenne, fondée sur l’islamophobie, la xénophobie et la discrimination. Un triptyque en désaccord avec les textes fondateurs de l’Union.