L’Elysée a annoncé que la France ne participerait pas à la quatrième conférence de l’ONU sur le racisme en septembre. Que craint le « pays des droits de l’homme » ?

La conférence de suivi de la Conférence mondiale de Durban contre la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance se tiendra le 9 septembre prochain. La France a annoncé qu’elle ne participerait pas à « Durban 4 ». Selon l’Elysée, ceci est dû à des « déclarations antisémites » qui ont amené plusieurs pays européens à boycotter les conférences successives. La diplomatie française avait menacé de boycotter le sommet de l’ONU sur le racisme depuis sa première édition, tenue en Afrique du Sud, à Durban. Un choix que la France, les Etats-Unis et d’autres pays occidentaux, sous l’incitation d’Israël, expliquaient par « l’assimilation du sionisme au racisme ».

Si la position d’Israël, coupable de crimes d’apartheid et de crimes contre l’humanité, est logique, celle de la France l’est moins. Car lorsqu’il s’agit de xénophobie, d’intolérance ou de discrimination raciale, l’Etat français a un passé colonial à régler. Le président Emmanuel Macron avait déclaré : « Entre la France et l’Afrique, ce doit être une histoire d’amour ». La conférence de Durban est supposée être la plus grande plateforme réunissant les sociétés civiles et les politiciens du monde, pour évoquer les sujets qui fâchent. L’Elysée considère-t-il avoir tant à se reprocher que cela, pour éviter de participer à ce sommet ?

La France veut-elle éviter les excuses ?

Le boycott français intervient dans un contexte sensible. Macron a fait des pieds et des mains pour lancer une « nouvelle politique africaine ». Et la société civile africaine avait fort à dire sur plusieurs dossiers brûlants : les crimes de l’armée française – coloniaux et post-coloniaux –, le racisme auquel font face les diasporas africaines, la montée de la droite ouvertement raciste en France et en Europe…

Ce contexte expose la France, comme le Royaume-Uni et les Etats-Unis lors de la première conférence de Durban, à se voir exiger des excuses. En effet, le Nigéria et le Zimbabwe, ainsi que des ONG afro-américaines, avaient demandé des excuses de chaque Etat impliqué dans l’esclavage dans le passé. Sur ces points, la conférence avait promis de réaménager la dette des pays africains, de financer la lutte contre le SIDA et de restituer les biens mal-acquis, entre autres. Force est de constater qu’aucun pays occidental n’a tenu sa parole.

Ces problèmes sociaux qui creusent le fossé entre la France et l’Afrique s’ajoutent à d’autres dans la thématique de la conférence. Car la traite négrière, le massacre de Tirayoe, le génocide des Tutsi ou encore la guerre d’Algérie pèsent encore sur les relations franco-africaines. Si l’historien français Benjamin Stora appelle à « substituer la reconnaissance de faits concrets à la dénonciation abstraite du système colonial », l’Etat français devrait en prendre compte si sa volonté de « tourner la page coloniale » était sincère. La visite de Macron au Rwanda et en Afrique du Sud pouvait provoquer l’apaisement. Toutefois, le boycott de « Durban 4 » envoie un message contradictoire. Une intention qui colle beaucoup plus à la réalité des relations entre la France et l’Afrique, que les discours politiques.

Pour l’Etat français, entre Israël et le reste du monde, le choix est évident

La France explique son choix par des « déclarations antisémites » tenues lors des précédentes conférences. Il s’agit de certaines interventions d’ONG et de celles de l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad en 2009. En résumé, ces interventions oscillent entre : « Les dirigeants d’Israël sont des plus cruels, racistes et répressifs » ou encore « les grandes puissances occidentales » sont « impliquées dans la continuité des crimes israéliens ». Ce qui est donc considéré comme de l’antisémitisme n’est que la condamnation du racisme israélien. Un fait qui ne fait plus de doute désormais, alors qu’Israël a « rapatrié » les Hébreux noirs car ils n’auraient pas « les prérequis pour appartenir à la communauté » juive israélite.

Ce passif ne devrait pas concerner la France outre mesure, si ce n’est pour l’obligation morale d’un pays laïque de dénoncer l’apartheid israélien, basé souvent sur la religion, parfois sur la couleur de peau, mais raciste dans tous les cas. Il faut aussi rappeler que le Forum des ONG, parallèle à la conférence de Durban, réunissait plus de 6 000 ONG. Ce dernier a adopté une déclaration qualifiant Israël de coupable d’actes de génocide, d’Etat raciste impliqué dans des crimes d’apartheid. Lors de la seconde conférence de Durban, l’association française de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) avait été expulsée. L’UEJF, accusée notamment par Reporters sans frontières (RSF) d’atteinte à la liberté de presse, n’a pas été inquiétée en France, et reçoit même des centaines de milliers d’euros de subventions de l’Etat français.

En boycottant la conférence, la France commet une nouvelle maladresse. Quoi qu’il en soit, c’est une position diplomatique claire et significative, qui montre que la France tient plus à ses relations avec Israël qu’à celles avec l’Afrique entière.