La décision de l’entreprise d’agroalimentaire Ben & Jerry’s, mi-juin, de ne pas renouveler sa licence israélienne a été saluée par les 92 fondateurs de l’entreprise.

« Nous sommes les fondateurs de Ben & Jerry’s. Nous sommes aussi des juifs fiers. Nous choisissons de boycotter les politiques d’Israël », avaient écrit Ben Cohen et Jerry Greenfield le 18 juin. On connaissait l’engagement du groupe vis-à-vis du réchauffement climatique. Il s’est également positionné dans le conflit israélo-palestinien.

La société d’agroalimentaire, pourtant populaire auprès des colons israéliens, a donc décidé de ne plus renouveler la licence de sa franchise auprès de l’Etat, en dénonçant l’apartheid du régime. « Nous soutenons sans équivoque et sommes fiers », ont répondu les 92 signataires — tous des partenaires et anciens partenaires de l’entreprise, et tous de confession juive — d’un communiqué de remerciement.

La chaine internationale de fabrication de crème glacée, créée en 1978 et reprise par le conglomérat britannique Unilever en 2000, dénonce la brutalité d’Israël. La franchise, installée à Manhattan, n’a pas tardé à se faire attaquer notamment via des opérations groupées décidées sur l’application Act.IL. Le ministre israélien des Affaires Etrangères, Yair Lapid, a qualifié la décision de Ben & Jerry d’« anti-israélienne, mais aussi d’antisémite », et a menacé : « Nous ne resterons pas silencieux », a-t-il indiqué.

De leur côté, les fondateurs de Ben & Jerry, Cohen et Greenfield, ont déclaré : « Nous savons que la réponse sera rapide et puissante. Mais la compagnie est irrévocablement alignée sur des valeurs progressistes. Que nous soutenions cette décision n’est ni une contradiction ni antisémite. Cet acte fait progresser les concepts de justice et des droits de l’homme, principes fondamentaux du judaïsme ».

Ben & Jerry’s tient bon et ne rompt pas

A Manhattan, le cœur des affaires new-yorkais, de nombreuses entreprises et des médias ont protesté contre la décision de Ben & Jerry’s. Des propriétaires de franchises se sont engagés à faire un don à Israël. Des sanctions économiques aux échéances des crédits bancaires, en passant par les campagnes médiatiques et la résiliation des partenariats avec les sociétés de transport et de logistique, Ben & Jerry est violemment attaqué et menacé depuis plusieurs jours.

Toutefois, le soutien des anciens patrons de la chaine vient conforter Ben & Jerry’s dans sa décision. Certains ont proposé des alternatives à la société. Toutefois, l’actionnaire majoritaire, Unilever dit qu’il « trouvera un moyen de continuer à produire des Ben & Jerry’s en Israël, en excluant les colonies » du marché du géant de la crème glacée.

Un engagement trop peu satisfaisant pour l’Etat hébreu, où les trois-quarts des membres de la Knesset ont réclamé que, non seulement, des mesures soient prises pour continuer la collaboration avec Israël, mais qu’en plus, Ben & Jerry’s boycotte les territoires palestiniens.

Début juillet, le gouvernement israélien a exhorté 35 Etats américains à sanctionner Unilever. Actuellement, le Texas et la Floride ont commencé à discuter de la question. L’ambassadeur israélien aux Etats-Unis et auprès de l’ONU, Gilad Erdan, a déclaré que ceux qui ne puniraient pas Ben & Jerry’s seraient les « pires violeurs des droits de l’homme au monde ». Pour le « diplomate », Ben & Jerry’s n’aurait « aucune réserve morale à opérer en Syrie et en Iran tout en imposant un boycott antisémite à l’Etat juif ».

Après cet assaut violent, la compagnie ne cherche plus de compromis. Un communiqué récent tranche sur la question en indiquant que « Ben & Jerry’s va mettre fin aux ventes de (ses) glaces dans les territoires palestiniens occupés ».