Depuis deux années, plusieurs lieux de culte de la région lyonnaise ont vu leurs comptes bancaires fermés, à la suite d’importants dépôts en espèces. Une pratique injuste, dénoncée par le Conseil des mosquées du Rhône. 

Près d’une dizaine de mosquées, de Décines-Charpieu à Villeurbanne, en passant par Lyon, ont été victimes de la fermeture injustifiée de leurs comptes bancaires. Cette mesure a pris de plus en plus d’ampleur au cours des dernières semaines, provoquant indignation et colère dans les milieux musulmans.

Le Conseil des mosquées du Rhône a réagi, par la voie d’un communiqué à cette affaire, pour « exprimer sa profonde inquiétude face à des pratiques qu’il déplore et qu’il juge abusives et injustes, et ce d’autant plus qu’aucune infraction qui justifierait ces fermetures de comptes, n’a été révélée ». Le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, quant à lui, a déclaré « Les autres cultes sont-ils traités de la même manière ? », laissant sous-entendre un traitement purement discriminatoire à l’encontre du culte musulman. 

Une question de financement ?

Les raisons évoquées pour les fermetures des divers comptes bancaires de ces lieux de culte sont officiellement relatives au financement. D’importantes sommes d’argent, déposées en espèces, sur ces comptes auraient éveillé des soupçons au sein de l’administration fiscale. Mais les fermetures, parfois successives et répétitives, sont tellement soudaines, qu’elles illustrent une discrimination sur la base de l’appartenance religieuse.

En réalité, les mosquées comme les églises ou encore les synagogues, sont en grande partie dépendantes des dons, en espèces, des fidèles. En effet, l’Etat ne finance pas la majorité des cultes en France. Les mosquées dépendent de la générosité de la communauté musulmane, qui finance les travaux d’extension et de construction mais aussi de rénovation. 

La liquidité, dont la traçabilité est plus difficile à établir, est la principale source de financement des mosquées et lieux de culte musulmans. La fermeture des comptes bancaires apparaît comme un moyen pour faire pression sur ces structures, et bloquer leurs activités. Depuis que l’islam est assimilé au terrorsime, les lieux de culte musulmans sont pris pour cibles. Les établissements bancaires ont des consignes de plus en plus strictes, incitant à davantage de « précaution ».

Quand la discrimination supplante l’égalité

L’Etat français déploie des moyens colossaux pour lutter contre le financement du terrorisme et la radicalisation. La communauté musulmane est la principale, voire la seule cible de ces dispositifs. Pourtant, malgré l’existence de quelques dérives, les musulmans prônent la paix et la tolérance. 

Pour le Conseil des mosquées du Rhône, « une culture du soupçon » est en train de se mettre en place, et pèse de façon constante sur les musulmans de France. Le recteur de la Grande Mosquée de Lyon a sollicité les pouvoirs publics, pour faire la lumière sur cette situation, mais aucune réponse n’a encore été donnée. « Nous suivons nos devoirs et respectons les règles, nous demandons donc à être considérés comme tout citoyen normal, qui peut disposer d’un compte en banque » a-t-il martelé. 

Les manquements flagrants, et les pratiques discriminatoires injustifiées à l’égard des lieux de culte musulmans sont à l’image de la politique punitive mise en place par l’Etat français. Ce dernier abandonne ses idéaux et sa devise, Liberté, Egalité, Fraternité, quand il s’agit d’aborder la problématique « Islam de France ».