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Val et Bensoussan formateurs : la France, en mal d’intellectuels sur la question de la laïcité ?

Le 11 décembre, l’ESPE, qui forme aux métiers du professorat, de l’éducation et de la formation, fait appel à Philippe Val et Georges Bensoussan pour une formation sur la laïcité. « Pourquoi ? », demande Asif Arif*.

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Philippe Val et Georges Bensoussan pour intervenir sur la laïcité devant un parterre de jeunes étudiants et de professeurs ? « Stupeur » est un qualificatif bien faible pour adresser mon état d’esprit. La France est-elle arrivée à un stade tel que ces deux protagonistes, particulièrement controversés, sont les seuls à pouvoir former sur la laïcité ? Où sont passés les magistrats du Conseil d’Etat, les juristes spécialisés sur cette question ou encore le Comité consultatif des droits de l’Homme, le Défenseur des droits ou l’Observatoire de la laïcité ? Où sont passés les professeurs comme Jean Baubérot, Valentine Zuber ou encore Jacqueline Lalouette ?

Philippe Val et le voile : misère dans la pensée laïque

N’est-ce pas Philippe Val qui estimait que la laïcité n’était plus au cœur de la République avant les élections présidentielles ? Et sur quels critères ? Juridiquement, la laïcité est toujours un principe fondamental à valeur constitutionnel. Or, le mélange des genres veut que l’on accole — peut-être volontairement — les questions de communautarisme, de terrorisme ou encore d’extrémisme à la laïcité.

Or, la laïcité, si elle est un vecteur du construire ensemble et permet aux citoyens de garantir leur liberté de conscience, a bien peu de choses à voir avec le terrorisme ou le communautarisme. La laïcité — faut-il le rappeler ? — est un principe de droit public qui vise à instaurer une séparation des Eglises et de l’Etat. Or, Philippe Val, défini par « L’Emission Politique » comme un « défenseur acharné de la laïcité », disait non sans mépris dans son ouvrage « Reviens Voltaire, ils sont devenus fous » la chose suivante :

« La religion est pour moi comme un piano à un manchot : inutile. Mais elle reste un objet d’étude tout à fait passionnant que je m’efforce de considérer avec neutralité. Sauf quand elle se mêle de régenter la collectivité et de substituer une loi divine aux lois que se donnent les hommes. »

Puis, il poursuit : « Le voile est le signe que contrairement à l’homme, la femme n’est qu’un sexe qu’il faut dissimuler, pour ne pas qu’il éveille la tentation chez l’homme. La femme voilée, c’est le mal qu’on dissimule pour qu’il ne dérègle pas la société. La femme volée n’est pas un être humain mais un élément perturbateur neutralisé. Elle laisse à l’homme son rôle de créateur de civilisation, et se contente de perpétuer l’espèce. Le voile proclame une essence féminine mauvaise. »

Or, il semble que Philippe Val ne revienne pas souvent sur ce qu’il qualifie comme la « loi des hommes. » En effet, ses positions ès qualité de défenseur acharné de la laïcité ont toujours été démenties tant par l’Observatoire de la laïcité que par le Conseil d’Etat. Prenons l’exemple des différentes décisions sur le voile depuis quelques années : le voile à l’université n’a pas été interdit et le burkini a fait l’objet d’un arrêt clair par le Conseil d’Etat qui ne fait pourtant que prononcer la loi de l’homme. Il faut donc ici revenir à une certaine forme d’objectivité que Philippe Val, bien qu’il défende le contraire, n’a pas.

Pour Philippe Val, qui intervenait sur la radio belge La Première, le port du voile manifeste une hostilité à la démocratie alors même qu’il ne semble pas avoir égard aux institutions démocratiques qui reconnaissent que la liberté de se vêtir est une liberté fondamentale, composante d’ailleurs de la liberté d’expression qu’il aime tant défendre. Il apparait ainsi étrange de consacrer une formation sur la laïcité à un individu qui ne va même pas dans le sens des piliers judiciaires de notre démocratie.

Georges Bensoussan et les territoires perdus de la laïcité

Dispenser une formation sur une thématique particulière suppose de chercher des acteurs objectifs, dont les thèses sont très peu contestées et qui essaient de s’en limiter aux textes plutôt que donner des conceptions subjectives de la laïcité. Emile Poulat résume d’ailleurs très justement ce dilemme en affirmant qu’il existe « la laïcité dans les têtes et la laïcité dans les textes. » Cet ancien spécialiste de la laïcité avait d’ailleurs déjà mentionné plusieurs éléments dans son ouvrage « Scruter la loi de 1905 » que les nouveaux chantres de la laïcité ont sûrement très peu lu.

Quoi qu’il en soit, Georges Bensoussan sera appelé à discuter, toujours avec une touche positive et dans un esprit dynamique, les professeurs qui font face à des revendications identitaires dans certains territoires « perdus de la République. » J’ai, pour ma part, grandi dans le 93, sûrement un des territoires perdus selon Bensoussan. Mais je n’ai jamais vu, pendant toutes mes années de scolarité, des insultes à la laïcité ou des revendications qui auraient pour objet ou pour effet d’affaiblir la laïcité.

Certes, ces revendications doivent sûrement exister aujourd’hui, comme elles ont dû exister dans le passé. Mais nul besoin de produire des éléments alarmistes pour les contrecarrer. La jurisprudence les a très bien pris en compte et le Conseil d’Etat tente toujours de concilier la vie des étudiants et des professeurs avec le besoin de rappeler la laïcité.

Comme me le disait Nihat Sarier lors d’un événement de la plateforme de Paris, il serait bon de rappeler que la laïcité appartient à tous. Pas à une communauté de pensée bien particulière.

* Asif Arif est avocat au Barreau de Paris, auteur et confériencier, spécialisé sur les questions d’Islam et de laïcité. Il a publié aux éditions La Boîte à Pandore, les « Outils pour maîtriser la laïcité ».

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