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Débats

La Palestine, théâtre de la plus grande et odieuse injustice de notre temps

A l’occasion du centenaire de la Déclaration Balfour, Elsa Ray se souvient de ses voyages en Palestine et pointe la solitude de la population dans ce pays.

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J’ai répondu à l’Appel de Jérusalem et vous devriez aussi.

La Palestine est une terre extraordinaire, au sens strict du terme. Je n’ai jamais visité ni vécu dans un endroit où l’on puisse ressentir à la fois une injustice insupportable et une joie de vivre incommensurable. Où les émotions se mêlent et s’entremêlent, vous bouleversent comme un raz-de-marée affectif et spirituel, vous laissant complètement secoué, changé à jamais mais profondément vous-même.

La vieille ville d’Al-Quds (Jérusalem-Ouest) est l’image même de cet oxymore permanent qu’offre la Palestine. Ces vieilles ruelles d’une beauté à pleurer, où l’on voyage dans le temps, où l’on s’attendrait presque à croiser le compagnon Omar Ibn Al Khattab au détour d’une échoppe, et où, au milieu de cet émerveillement, l’on croise et l’on frôle ces soldats sinistres, dont la verdeur de leur uniforme tranche épouvantablement avec les couleurs chaudes du marché. Les mitraillettes qui pendouillent sur leurs hanches nous rappellent la réalité d’une occupation étouffante, d’une oppression constante. 

« Ces soldats sinistres et la laideur des colonies tranchent avec le paysage »

Les villages de Cisjordanie, où l’on grimpe sur les collines ensoleillées, bordées de milliers d’oliviers enracinés dans le sol depuis des centaines d’années, dont les branches fortes et fières rappellent la résistance palestinienne. Elles ploient souvent, se cassent parfois, mais repoussent toujours. 

Ce vent qui vous fouette le visage transporte avec lui une telle baraka qu’on pourrait presque la palper dans l’air, la respirer à pleins poumons, l’enfermer dans un bocal.

Puis vous regardez à l’horizon, et vous voyez les colonies qui encerclent le village. Peuplées de ces hommes et ces femmes, venus d’Occident, dont la haine et la cruauté n’ont d’égal que la laideur de leurs campements illégaux qui poussent comme de la mauvaise graine au milieu de toute cette splendeur.

Oui, la Palestine est une terre extraordinaire. Car elle est le théâtre de la plus grande et odieuse injustice de notre temps, tout en étant le berceau de l’Humanité, la vraie, celle qui est capable de surmonter l’indicible pour faire perdurer la beauté et l’amour. 

« L’impuissance n’existe que si on la construit et qu’on la choisit comme zone de confort »

De mes multiples voyages et séjours en Palestine, j’ai principalement retenu ceci : l’incroyable force des Palestiniens, celle d’être encore capables, dans des circonstances épouvantables d’injustices, d’humiliations et de violences, de faire triompher l’amour, la fraternité, la spiritualité et la résilience. D’ailleurs, leur premier acte de résistance, c’est de vivre. Et c’est ça qui rend fous leurs oppresseurs. Quoiqu’il arrive, ils ont déjà perdu. Et ils le savent pertinemment.

Et nous, dans tout le cela ? Qui sommes-nous ? Quel rôle avons-nous dans ce théâtre ? Sommes-nous les spectateurs, riant ou pleurant au gré des scènes ? Ou bien faisons-nous partie de la troupe, en figurants discrets mais essentiels au bon déroulement de la pièce ?

« J’ai ressenti l’absence dans les maisons, celle du mari, du fils, de l’enfant…et la nôtre »

Lors de mon premier voyage en Palestine, j’ai compris que pour l’instant, nous n’étions ni l’un ni l’autre. Nous étions absents. Résolument absents. Faisant un don par ci par là, pour se donner bonne conscience, publiant sur Facebook de vieilles photos du Dôme du Rocher prises sur Google Images ou lors d’un ancien voyage jamais renouvelé pour se rappeler ce qu’on manque de perdre, pleurant de temps en temps devant une actualité sanglante qui se noie dans les échos d’autres massacres tout aussi odieux à travers le monde.

Pendant les deux semaines de mon premier voyage, j’ai entendu les pires témoignages, les pires souffrances. J’ai ressenti l’absence dans les maisons. L’absence du mari, du fils, de l’enfant, le vide laissé par la mort, que la vie remplie tant bien que mal.

Mais la pire absence, la plus honteuse et lourde à porter, c’était la nôtre. « Où sont les musulmans d’Europe ? Pourquoi La Mecque et Médine sont noires de monde, et Al-Aqsa vide ? », ai-je entendu de nombreuses fois, « et de manière générale, où sont les Européens, ceux qui se battent pour la paix et les droits de l’Homme ? Vous nous avez abandonnés ! »

Je me souviendrai toujours des paroles dures, mais honnêtes, de mon ami Ehab, guide palestinien à Al Quds, spécialiste d’Al Aqsa, 15 séjours en prison à son actif parce qu’il dit la vérité aux touristes, Ehab que j’ai rencontré de manière totalement fortuite durant mon second séjour en Palestine qui aura duré trois mois. Chaque fois que je rencontrais une nouvelle personne, c’est-à-dire presque tous les jours, je demandais si encourager mes concitoyens et coreligionnaires à venir en Palestine était une bonne posture ou non. Ehab, à l’instar de tous les autres, s’était exclamé : « C’est excellent, c’est exactement ce qu’il faut faire ! » puis il m’avait observée avec un drôle de regard et m’avait lancé : « je vais te dire les choses honnêtement oukhty, votre charité, on n’en veut pas, on n’en a pas besoin. C’est de votre présence et de votre soutien dont on a besoin. »

« La Palestine n’est pas un pays en guerre, c’est un pays sous occupation. C’est très différent »

Lorsque j’ai commencé à écrire régulièrement sur la Palestine, j’ai pris conscience de l’ampleur du problème. Dans la communauté musulmane, et au-delà, il y a deux freins essentiels – ou deux excuses, question de point de vue – qui expliquent cette absence que déplore les Palestiniens : l’idée que la Palestine est une terre dangereuse ou inaccessible, et l’impression qu’au mieux ça ne sert à rien d’y aller et qu’au pire, cela valide l’occupation.

Sur la question du danger et de l’inaccessibilité, j’ai écrit des pages et des pages, des posts et des posts pour prouver le contraire. Le boom du tourisme en Palestine (« Israël » dans les versions officielles) est par ailleurs une preuve en soi que si c’était si dangereux que ça, il n’y aurait pas autant de touristes chaque année. Mais bien souvent, les gens ne retiennent que la situation à Gaza, et encore, quand celle-ci est explosive, et s’imaginent que la Palestine est sous les bombes en permanence, ce qui est absolument faux. La Palestine (Israël et Cisjordanie) n’est pas un pays en guerre, c’est un pays sous occupation. C’est très différent. 

« On donne beaucoup trop de pouvoir à ceux qui cherchent à nous faire peur »

Si on l’imagine souvent inaccessible, c’est qu’on se construit bien souvent des scénarios à la Jason Bourne, dans lesquels on se voit plaqué au sol par le Mossad à notre arrivée à Tel Aviv, puis renvoyé manu militari dans un avion, menotté jusqu’à Paris et fiché jusqu’à notre mort. J’ai expérimenté le passage à Tel Aviv quatre fois en moins de dix-huit mois. C’est pénible certes, mais loin d’être insurmontable. Pas de menotte ni de Mossad au menu. Parfois, on donne beaucoup trop de pouvoir à ceux qui cherchent à nous faire peur. Et c’est précisément comme ça qu’ils gagnent ! Et puis il arrive aussi bien souvent que certaines personnes en mal de buzz ou cherchant à se construire une image de héros entretiennent des mythes… Faire l’effort d’aller au-delà de ses idées reçues en allant chercher les bonnes informations, c’est déjà un premier pas vers l’action.

« Visiter la Palestine pour contrer la propagande de l’occupation »

Dans la même veine, penser que visiter la Palestine revient à cautionner voire soutenir l’occupation, c’est voir la chose sous le mauvais angle. D’abord, visiter la Palestine de manière intelligente et consciente est justement une manière extrêmement efficace de contrer la propagande de l’occupation et soutenir l’économie palestinienne. Ensuite, s’il était avéré que ce genre de tourisme conscientisé favorisait l’occupation, alors il est évident que jamais les Palestiniens ne l’encourageraient. Enfin, et cela concerne plutôt le tourisme musulman, la présence de pèlerins étrangers à Al Aqsa est absolument fondamentale pour la protection de celle-ci, très largement menacée par les incursions régulières de colons sur l’Esplanade et le projet du Grand Sionisme qui prévoit la division du lieu saint pour en annexer une partie qui serait réservée aux Juifs.

Alors quant à dire que cela ne sert à rien… Que répondre à cela ? L’impuissance n’existe que si on la construit et qu’on la choisit comme zone de confort.

Et viendra un jour où, face à la victoire ou la perte, nous aurons à répondre de nos actions.

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